CHRONIQUE DE DU GUESCLIN
Bertran en est alez au cliastelain parler Et li requiert la tour qui li veille livrer Et qui la rende au duc qui tant fait à loer :
— « Tout sauvement, dit-il, je vous lerai aler; > Et dist le Chastelain : « Foi que doi Saint Orner, » Ainçois qu'en ceste tour vous puissiez hosteler,
» Vous conviendra, je croi, à prendre à haut voler. »
— « Or tost, ce dist Bertran, il me vient à plaisir » Car, puisque cil dedens ne veulent obéir,
» Il est bien de raison con les face morir. . . »
Conclusion bien sentie ! On voit que le vaillant du Guesclin faisait la guerre sérieusement, comme disent nos voisins d'outre-Rhin. S'il menaçait de mort les gouverneurs de châteaux forts qui ne se rendaient pas à première sommation, il n'était guère plus tendre envers les bandes de cotereaux, malandrins et vastar-
(I) Meyerbeer, lioherl-le -Diable.
deurs qui désolaient alors la France. Là où les bandits passaient,
Il ne demeuroit bœf. ne vasche, ne mouton, Ne pain, ne char, ne vin, ne oye, ne chapon î... Tout pillai-, meurtrier, traiteur et ielon.
Enfin, nous arrivons aux temps modernes. C'est ici le triomphe de la chanson de gestes !... C'est ici que nous allons rire !!...
S'il n'y avait plus de jolis petits soldats, tous les beaux-arts seraient assez gravement malades ; mais les sciences historiques ne se relèveraient pas du coup. Que voulez-vous que l'Histoire nous dise quand elle ne nous parle pas de batailles ? Il ne lui reste plus que des fariboles à servir à ses auditeurs. Pour moi, je ne crois pas beaucoup à l'Histoire, mais cependant j'observe que la muse Clio tient des tablettes d'une main, et de l'autre une trompette. Les tablettes !... je n'en fais qu'un cas assez mince. Pour la trompette, c'est différent.
La trompette n'est pas — ce qu'un vain peuple pense — un tube dont on se serve uniquement pour trompetter. C'est aussi un instrument de musique. Et la preuve, la voulez-vous ? Prenez au hasard trois régiments de cavalerie et, dans chacun de ces régiments, prenez de même UN trompette en chair et en os. Cela vous fera trois trompettes.
Interrogez-les tous les trois. Je veux être pendu s'ils ne vous disent pas ensemble :
« Un chien est un chien ; » Un tambour n'est rien,
mais
» Un trompette est musicien. »
Si donc la trompette de l'Histoire est harmonieuse et peu trompeuse, écoutons-la. C'est beaucoup plus sûr que les livres. Les traditions, les chants du pays, les romances guerrières, voilà les vrais échos des événements publics. Est-il besoin de citer des exemples? vous connaissez, comme moi, la chanson de ce monsieur de Marlborough qui causa tant de désagréments à Louis XIV, mais vous ignorez sans doute comment on la chantait sous Louis XV, au régiment des gardes françaises.
La voici dans sa forme authentique et primitive :
Duo :