LA CHANSON DE MARLBOROUGH
— Monsieur Malbrougli est mort...
— Ah ! tu rétrangles!
— Il va-t-être enterré...
— Ah ! tu l'étrangles,
— Ah ! tu rfais suer!
Chœur .
On entend sous l'ormeau Les accords les plus beaux...
Non, Malbrough n'est pas mort {bis) Car il vit encor ! (bis)
Solo. Andantino. Chœur. Solo.
Monsieur Malbrourjh est mort, Ahl tu l'é - tra7ifjles! U
Chœur. riten. ^ Allegro.
- 0 « mm. 0 m «, — • — \—m—^--\
va-t-élrccntar-rè... Àh! tu l'é-trangles'. ah! tu Vfais suer! On en-
tend sous l'or-mcau les oc - cords les plus beaux: Non, Malbroxujh
n'est pas mort, Non, Miûbrough n'est pas inort, Car il vit encor, Car il vit en - cor.
Ainsi chantait, en 1745, le garde-française Fanfan. dit La Tulipe.
D'où viennent cette musique et ces paroles naïvement étranges ? Ah ! c'est toute une histoire. Je vais vous la narrer telle qu'elle est consignée dans les Mémoires du maréchal Malicorne, alors simple cornette au régiment de Brancas : « Nous quittons Tournay, écrit-il, et le régiment est envoyé à Gand, que l'on venait de prendre. Là, qu'est-ce que nous trouvons ? Une masse de futailles de vin portant l'étiquette des fournisseurs ordinaires de l'armée du Roy. Comment cela se faisait-il ? On ne tarda pas à le savoir. Il y avait dans le Service des vivres de l'armée française un traitant qui faisait passer à l'ennemi le vin destiné à nos soldats. Cet ami des Anglais et des Hanovriens reçut immédiatement de mes mousquetaires le surnom de Marlborough ; mais l'application de cette dénomination injurieuse constituait une punition insuffisante. Pris la main dans le sac, mon homme fut condamné à être pendu. De fait, il ne valait pas un coup de mousquet.
» C'est moi qui fus commandé de service à l'effet d'exécuter la sentence. Le grand prévôt de l'armée
aie remit l'infortimé Marlborougli déjà plus mort que vif. Je fis appeler quelques hommes et j'allai avec eux dans la plaine de Gand, choisir un arbre propice à la pendaison... Je finis par arrêter mon choix sur un ormeau. Sur ce, Tun de mes mousquetaires, nommé Picquart, empoigne Marlborough, lui passe la corde au cou et commande : ce Oh ! hisse ! » Avant d'être hissé, le malheureux s'étranglait... il allait mourir... de peur — j'en ai peur — quand, tout d'un coup, la pitié — une pitié mal placée, à coup sûr, — vint, à mon tour, m'étrangler et... au risque de me mettre une vilaine affaire sur les bras, je fis lâcher le condamné... je lui envoyai à bonne adresse le bout de ma botte à la Condé, en le priant d'aller se faire pendre ailleurs. Il court encore...
» Le soir de cette pendaison manquée, le mousquetaire Picquart chantait au camp une bluette dont il était l'auteur. Son livret n'est autre chose que le récit rythmé de l'épisode que je viens de noter sur mes tablettes. »
Certainement, nous savons tous que Bonaparte a gagné la bataille de Marengo, mais tous les livres de toutes les bibliothèques du monde pourraient brûler que l'armée française no l'oublierait pas. Voici pourquoi :
Quelques instants avant l'engagement, le jeune général aperçut des grenadiers qui se livraient à un festin ; ils cassaient une croûte qu'ils venaient de frictionner vivement. — « Que diable frottez-vous donc là sur votre pain ? leur demanda-t-il. — C'est de l'oignon, mon général, nous nous offrons une tartine à l'oignon. — Ah ! ah ! très bien, il n'y a rien de meilleur que ça pour marcher d'un bon pas dans le chemin
de la gloire. Avalez-moi vite votre chapon et, tout à l'heure, tâchons d'avoir des jambes !... »
Et les grenadiers d'aller au feu en chantant à pleins poumons la chanson de la « Gloire à l'oignon » :