HISTOIRE DE NANON
Racontée par elle-même, après souper, un soir de carnaval.
Pot pourri.
Air : Contentons-nous d'une simple bouteille.
C'est à mon tour de conter mon histoire, Joyeux amis, je cède à vos désirs ; N'oublions pas qu'en chantant il faut boire Et que le rhum redouble nos plaisirs.
Alimentez ce large bol en flamme.
Qu'à nos cerveaux il porte la gaîté; Soignons nos corps, quant à notre pauvre âme, Pour son salut elle a l'éternité.
Air (le Madame Grégoire.
Ce fut un beau jour, Dans retable de ma grand'mère.
Qu'un brûlant amour Me donna Jean-Claude pour père:
O Dieu ! qu'il était laid !
Mais ma mère l'aimait; Il lui plaisait pour sa vaillance, Car, si j'ai bonne souvenance.
C'était du canton Le plus fameux luron.
Air (le Cadet Roussel.
Ma mère n'avait que quinze ans, (Bis.) Des jolis yeux, de belles dents, (Bis.) Mais on jasait sur son corsage, La veille de son mariage...
Ah ! ah ! ah ! oui, vraiment, Jean-Claude fut un bon enfant.
Air : Ah! le bel oiseau, maman!
Si Jean Claude eut ses primeurs.
Beaucoup d'autres,
Bons apôtres, Surent, en adroits flatteurs, Profiter de ses faveurs.
Hélas ! on disait à Jean Au bout d'un mois de ménage, Que je tenais de maman, Mais de lui bien davantage !
Si Jean-Claude eut ses primeurs
Beaucoup d'autres.
Bons apôtres, Surent, en adroits flatteurs. Profiter de ses faveurs.
Air : Halte-là! halte-là!
Je grandis dans le village Avec de forts jolis traits; A quatorze ans, j'étais sage, On enviait mes attraits.
Je me sentais bonne fille.
Pour aimer mon cœur battait; Follette, vive et gentille.
De tous côtés on disait :
« Maintenant, (Bis)
C'est tout à fait sa maman. »
Air du Juif-Errant.
Pour quêter un sourire.
J'avais trente galants.
Mais pouvais-je sourire Aux yeux de mes parents?
Ils me gardaient si bien Qu'il ne m'arriva rien.
de Paul Aven cl. 203
Air : J'ai vu ]>a)iont dans mes voyages.
Pour la sagesse, la première, Mon triomphe était assuré, J'avais le front d'une rosière Et l'appui du bon vieux curé; Mais notre cousin Boniface Un jour écrivit à maman...
Sa lettre, voici la préface De mon malheur, triste roman.
Air (lu Roi d'Ycefot.
(Bis.)
Boniface était sacristain
D'une importante église^ Cet emploi, pour lui, c'est certain.
Valait une prêtrise.
Aussi, morbleu ! quel bon vivant !
Toujours chantant, toujours buvant,
Riant !
Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah ! Quel bon sacristain c'était là !
Là là.
Air (le Mazaniello.
Il nous priait avec instance
De venir le voir à Paris ;
Il mettait tant de complaisance
Qu'avec mon père, je partis.
Il proposait de nous conduire
Tous deux au bal de l'Opéra;
Ce fut assez pour nous séduire, )
Car nous voulions connaître ça. ; ' ^^'^
Air : Aussitôt que la lumière.
Mon cousin tint sa promesse.
Et, dès le samedi soir,
Après sa dernière messe,
Il déposa l'encensoir. ■
Puis, endossant le costume \
D'un balochard de bon ton,
Il nous dit : « C'est la coutume,
Jean-Claude, habillez Nanon. »
Air : Tout aine, tonton.
J'étais heureuse que la soie Remplaçât mon grossier coton, Tonton, tonton, Tontaine, tonton.
Je ne me sentais plus de joie.
Je ne me croyais plus Nanon, Tonton, Tontaine, tonton.
Air : Je loge an quatrième étage.
L'Opéra, quelle belle chose !
O quel tumulte ! ô que de cris !
C'est une gaie apothéose
Des folles amours de Paris. (Bis.)
Les disciples de la folie
Ont fait leur temple de ce bal :
Ah ! que la vie est embellie ) , ,
Par les plaisirs du carnaval ! i " '^
Air de Préville et Taconnet.
Je fus bientôt malgré moi séparée
De mon bon père et de mon cher cousin;
Dans tout ce bruit, j'allais seule égarée.
Quand un monsieur vint me prendre la main. (Bis.)
« Vous êtes belle et votre taille est fine,
Dit-il tout bas, et vos regards sont doux.
Charmante enfant, pourquoi donc pleurez-vous?
Apprenez-moi qu'est-ce qui vous chagrine ( ^ „ .
Est-ce un amant, est-ce un mari jaloux ?» ) ' ^^^'
de Paul Avenel. 205
Air : Dans un grerticr qu'on est bien à vingt ans.
A ce monsieur je dis mon aventure
Et les soucis qui me navraient le cœur.
Vite, il m'offrit son bras et sa voiture.
Je crus en lui trouver un protecteur.
Pour mon malheur, je ne savais l'adresse
De la maison de l'imprudent cousin;
Mais mon Mentor me dit : « Point de tristesse !
Mais, je connais l'honnête sacristain. » (Bis.)
Air (lu Ballet des Pierrots.
Il me conduisit, le perfide,
Dans un fort bel appartement
Dont l'aspect luxueux, splendide
Me plut de suite infiniment.
Il me dit alors : « Ma gentille,
Consens à me donner ta foi,
J'aime ton regard qui scintille... \ ^t)-
Et ces richesses sont à toi. » V
Air : Il pleut, il pleut, bergère.
Mon âme trop légère Ecouta son discours, Il me semblait sincère :
Je croyais aux amours.
Cédant à sa promesse.
Je lui donnai mon cœur...
Sa première caresse Fut celle d'un trompeur.
Air : A la façon de Barbari.
Le temps nous donne des leçons, Je l'ai vu par moi-même,
Avec ceux qui sont fanfarons.
Il faut être de même.
2o6 Chants et Chaitsons
Ils nous offrent en bon aloi,
La faridondaine, en guise de foi,
Je veux toujours agir ainsi,
Biribi, A la façon de Barbari, Mon ami.
Air : Suzon sortant de son village.
Moi; je ne veux passer ma vie Que par moments voluptueux.
J'ai pour idole la folie Et pour fortune mes beaux yeux.
Le badinage Est à mon âge Le culte seul des cœurs libres et francs. Pour la sagesse, Je le confesse, Je ne l'attends qu'avec mes cheveux blancs. Pleine d'ardeur, je m'abandonne Aux caresses de mes amants.
Ivre, sous leurs baisers brûlants.
Je me dis : « Courte et bonne! » (Bis.)
XINES
Musique de M. G. DUBOIS.
J'aime votre beauté plantureuse et sereine.
J'aime vos grands yeux noirs éblouissants d'amour ;
Vous avez en vos pas l'allure d'une reine
Et sur votre front pur laurore d'un beau jour.
Votre vibrante voix a des ondes sonores
Qui portent des frissons dans les replis du cœur;
de Paul Avcnel. 207
Mais j'entends au lointain sous les verts sycomores Rire de mon aveu l'écho froid et moqueur.
Puis -je donc vous aimer sans ces espoirs d'ivresse, Sans ces illusions, sans ces doux sentiments Que cherche un cœur ému dans une enchanteresse? Votre âme indifférente est sourde à mes tourments.
Faut-il qu'on vous implore, ou faut-il qu'on vous brave Pour arriver du songe à la réalité ?
Que m'importe, Xinès ! je me fais votre esclave, Car tous mes rêves d'or sont dans votre beauté.
LA PEAU DU LION ou
UN DÉPUTÉ DE 1871 Air ; A la façon de Barbari.
Messieurs, disons la vérité Sur notre Démosthène; C'est un très riche député, De souche fort ancienne.
Nous l'avions choisi pour son nom, La faridondaine, La faridondon !
Il s'est mis pour notre parti,
Biribi, A la façon de Barbari, Mon ami.
2o8 Chants et Chansoyis
Il avait pris pour étendard
La foi républicaine; Nous le croyions un montagnard,
Il siège dans la plaine.
De berger, il s'est fait mouton, La faridondaine, La faridondon !
Sachons-lui gré de tout ceci,
Biribi.
A la façon de Barbari, Mon ami.
C'était un ami du pouvoir,
La chose est bien certaine; Aussi, vota-t-il sans savoir.
Les impôts. Quelle veine !
Admirant sa haute raison, La faridondaine, La faridondon !
Nous devons lui dire : « Merci,
Biribi, A la façon de Barbari, Mon ami. »
Ce député, par ses travaux Se croit un phénomène; Parmi les fourbes, les dévots.
L'ambition le mène.
Il étouffe l'instruction,
La faridondaine, La faridondon !
Et vote un budget amoindri,
Biribi, A la façon de Barbari, Mon ami.
de Paul Aven cl. 209
Ah ! s'il veut se représenter
Pour la Chambre prochaine :
« Sur nos voix vous pouvez compter,
Lui dirons-nous sans gêne, Vous preniez la peau du lion, La faridondaine, La faridondon !
Nous vous renommerons ici,
Biribi, A la façon de Barbari, Mon ami. »
Nous devons chercher désormais
Une âme citoyenne, Vaillante et généreuse, mais
De race plébéienne.
Après cette rude leçon, La faridondaine, La faridondon !
Il ne faut plus être obéi,
Biribi, A la façon de Barbari, Mon ami.