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LETTRE A UN AMI

Rondeau

Chanté au banquet donné à M. Rameau, député de Seine-et-Oise, le 30 juillet 1876, à Bougival.

Air de la Vie 2)(trisienne.

Vous me priez de vous écrire Poste restante, au Saint-Gothard ; J'ai bien des choses à vous dire Depuis votre brusque départ.

Je m'adonne à la politique.

Cher ami, pour passer mon temps, Et je vois que la République Ne fait plus trop de mécontents.

Le vieux marquis de Verte- Allure Vient tous les soirs à Tortoni ; L'amour rajeunit sa tournure Depuis qu'il courtise Fanny.

Dans le faux luxe, il s'encanaille Et prend les airs d'un vrai milord; Mais, quand il retourne à Versaille :

« Vivent les lis ! vive Chambord ! »

Buffet ne bat plus que d'une aile ; Son influence est à quia ; Ses partisans, malgré son zèle.

Ne chantent plus alléluia.

Le pauvre homme croit à l'empire En protégeant les hommes noirs ; La messe, en son béat délire, Est le plus cher de ses devoirs.

Il maigrit, il se ride, il rage De voir la raison triompher.

Pendant son dernier ballottage.

Mon cher, il faillit étouffer.

Paray-le-Monial et Lourdes, La Bernadette et Maximin, Lui servent de lanternes sourdes Pour le guider en son chemin.

De Broglie est resté le même '- Il fait toujours la bouche en cœur, Il se croit beau, galant, il s'aime !

Il est ironique et moqueur.

Infatué de sa personne, Il pose pour le bel esprit; Comme un hanneton il bourdonne.

Et comme un fruit sec il écrit.

Sa prétentieuse éloquence Dans la droite a quelque succès ; Elle ne tire à conséquence Que par ses fautes de français.

Monseigneur Dupanloup lui passe Tout son pathos in partibus^ Pourvu qu'il suive saint Ignace Et la lettre du Syllahis.

Laboulaye a tourné casaque ; Aussi les gauches de crier :

Il se conduit comme un Cosaque Mais il ne rend point l'encrier ^.

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