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LES MOETS QUI CHANTENT

Interprété par M. Vialla à l'Alcazar.

Musique de M. Alfred d'Hack.

La grande Nation était blessée au flanc. C'était pendant l'hiver. Du Nord venait la guerre, Trouant de pas sanglants la neige, linceul blanc. La France n'était plus ce qu'elle était naguère.

de Paul Aveiicl. 219

La Gervaise avait vu partir son fiancé Avec ceux qui s'offraient pour sauver la Patrie. La mort, au coin d'un bois, sur eux avait passé Faisant de ces enfants une horrible tuerie.

Dans la nuit, depuis lors,

A ce que dit Gervaise,

On entend tous ces morts

Chanter la Marseillaise.

Ils avaient succombé, ces braves de vingt ans,

Comme Léonidas devant les Thermopyles ;

Et les feux qui rendaient leurs regards menaçants

Ne s'étaient pas éteints dans leurs yeux immobiles ;

A leurs fronts valeureux contractés par la mort

Leur dernière pensée était restée entière !

Ils payaient chèrement la raison du plus fort.

Un grand trou fut leur tombe, un bois leur cimetière.

Dans la nuit, depuis lors,

A ce que dit Gervaise,

On entend tous ces morts

Chanter la Marseillaise.

Quand ils étaient partis, Gervaise avait seize ans ; Elle chantait comme eux ce chant de délivrance Qui transforme en héros les jeunes combattants. Son cœur avait l'amour, son âme l'espérance ; Mais tout cela n'est plus qu'un morne souvenir Qui passe comme un songe au travers de sa vie... Le soir, elle se fait un devoir de venir Prier sur le tombeau des morts pour la Patrie.

Dans la nuit, depuis lors,

A ce que dit Gervaise,

On entend tous ces morts

Chanter la Marseillaise.

\ La France enfin parvint à sauver son honneur i! En bravant du destin les sanglantes morsures;

Le soleil a rendu les prés verts au faneur Et la paix a guéri les profondes blessures. Gervaise n'a rien vu de tout ce changement, Mais elle entend toujours ces jeunes gens stoïques S'en allant au combat en chantant vaillamment... La France s'en souvient aussi, morts héroïques !

Dans la nuit, depuis lors,

A ce que dit Gervaise,

On entend tous ces morts

Chanter la Marseillaise,

Elle croit au retour de son beau fiancé Dont le dernier adieu retentit dans son âme ; Elle le voit charmant comme par le passé, Et plus que jamais pense à devenir sa femme. O chère illusion ! ô rêve inattendu !

Qui cachez à l'esprit une douleur immense En trouvant un espoir dans le bonheur perdu, Vous rendez à la folle, heureuse, la démence.

Dans la nuit, depuis lors,

A ce que dit Gervaise,

On entend tous ces morts

Chanter la Marseillaise'^.

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