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Musique chez Labbé, éditeur, rue du Croissant

de Paul Avenel. 221

Car, pour en manger quelques-unes Ensemble en revenant des champs, Nous prenions le sentier aux prunes... ] rp- \ Ce temps-là, c'était le bon temps. i ^

« — Mais, avant toi, le grand Nicaise Fut le premier qui m'en gaula; Aussi, j'étais toujours très aise De passer avec lui par là.

J'aimais les vertes et les brunes.

Je m'en donnais à belles dents ; Mon Dieu ! les excellentes prunes !

Ce temps-là, c'était le bon temps.

« Après lui, le cousin d'Élise (Je puis te le dire aujourd'hui).

Connaissant bien ma gourmandise Souvent m'emmenait avec lui.

Ses forces étaient peu communes :

Il gaulait fort, dur et longtemps.

Il couvrait le sentier de prunes.

Ce temps-là, c'était le bon temps.

« Enfin, jusqu'au galant Eustache, Qui me secoua son prunier !

Avec joie il prenait à tâche De remplir vite mon panier.

Entre ses coups point de lacunes, Sa gaule allait dans tous les sens.

Quitte à meurtrir toutes ses prunes...

Ce temps-là, c'était le bon temps.

« Mon cœur, voyant la vie en rose Ne fut pas du tout effrayé, Quand tu voulus prendre à nuit close L'étroit sentier si bien frayé.

Oh ! ce n'était pas pour des prunes Qu'avec moi tu venais aux champs !

Je savais tes bonnes fortunes...

Ce temps-là, c'était le bon temps.

« A présent, Jobin, mon cher homme,

Tu gaules bien moins qu'autrefois;

Je ne vais pas le dire à Rome :

L'amour a vidé son carquois.

« — Femme, entre nous, point de rancunes.

Car avec Claire, en son printemps,

J'avais été souvent aux prunes...

Ce temps-là, c'était le bon temps. »

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