LA SOUTANE
A MON AMI EDOUARD HACHIN Air : AmU, dépouillons nos pommiers (Doclie pèi'e).
Mon père, un jour, me dit : « Garçon,
Tu n' s'ras pas militaire.
J'ai vu pour toi l'abbé Chausson ; J' vas t' mettre au séminaire.
Pour êtr' calotin
T'apprendras V latin.
Faut pas rester un âne.
Ton gentil minois
Fera bien, je crois.
Mon fils, sous la soutane. »
L' lendemain, l'abbé m'écrivit :
« Ecoutez votre père...
La patrie est, sans contredit, Dans un bon presbytère.
Quoique le rabat Voue au célibat.
Bien sot qui s'y condamne !
Moi, je n' suis pas d' bois;, Mais l'on n' voit, je crois,
Qu'un saint sous ma soutane. »
On me badigeonna l'esprit
De latin de cuisine, Mais j' préférais à Jésus-Christ Les beaux yeux d' ma cousine.
Ah ! c'est qu'en ejffet Rien n'était mieux fait Que ma petit' Suzanne !
Et, n'étant pas d' bois.
Tout mon êtr', je crois, Flambait sous ma soutane.
Au fond du confessionnal
Je fis bien des conquêtes ; Mon prestige sacerdotal Captivait cœurs et têtes;
Puis venaient chez moi,
Conquis's à la foi, Bourgeoise et courtisane;
Et, n'étant pas d' bois.
Je fis plus d'un' fois Des trous à ma soutane.
Je suis content, assurément,
D'être célibataire.
De trois marquis's je suis l'amant,
A titre de vicaire.
En moins de deux ans J'ai fait trois enfants...
Ah ! vraiment, je me damne !
Car n'étant pas d' bois, Je peux bien parfois
Etre homm' sous ma soutane.
de Paul Avc7icl. 263
De ma cousin' le cher époux
Est rar'ment sous les armes ; Un tel défaut est, entre nous, Un affront pour ses charmes.
Moi, par parenté Et par charité.
Je console Suzanne.
Car, n'étant pas d' bois, En cousin je dois Agir sous ma soutane.
Un curé doit se dévouer
Pour le salut des âmes; Avec adresse il doit louer
La faiblesse des dames.
Aux cœurs délaissés Que j'ai confessés,
Moi, j'apporte la manne ; Et, ma foi ! je crois.
N'étant pas de bois,
Honorer la soutane.