LA JEUNESSE
Rondeau.
J'aime ces feux follets de la vingt .ème année, Symboliques esprits des premières amours, Dont les serments prêtés durent une journée Et dont le cœur vieilli se rappelle toujours.
A vingt ans est-il donc bien étonnant qu'il naisse En nous de ces élans capiteux de gaîté,
Où sombre le Bon Sens, où trône la Jeunesse, Où le corps pour aimer est riche de santé ?
Non. La raison alors n'entrave pas la vie, Le chemin qu'on veut suivre est long à parcourir, Et l'on passe gaîment de Pompon à Sylvie Sans que le goût d'aimer ne vienne à se tarir.
Un rayon de soleil illumine notre âme, Le Rêve nous conduit de désirs en désirs, Et Vénus apparaît charmante dans la femme Oui découvre à nos sens l'ivresse des plaisirs.
La Nature verdoie et le ciel est en fête ! Allons, Pompon, c'est l'heure : Es-tu prête à partir, Toi, que pour le plaisir l'amour a si bien faite Et dont le cœur volage est sourd au repentir ?
Nous allons à Clamart courir dans les broussailles. Pour oublier Paris par trop collet monté. Et qui porte en ses flancs Trianon et Versailles Depuis que le Haut Vice est une Majesté.
Ce qu'il nous faut à nous, c'est l'air de la campagne, Les cris de galopins, le sifflement du vent. Un litre de piquette en guise de Champagne, Et ce gai débraillé du buveur bon vivant.
Ah ! qu'elle est adorable alors notre maîtresse. Fumant, comme un pacha, du tabac d'Orient, En cherchant à masquer l'atteinte de l'ivresse Par un jargon moqueur qui s'envole en riant !
Hélas ! que reste-t-il des longs éclats de rire De ces jours consacrés aux infidélités ? Un livre déchiré que l'on ne peut plus lire Et qu'on trouvait charmant par ses impiétés.
de Paul Avcnel. 287
D'un passé bien-aimé ma mémoire est ravie.
Et chez moi je retrouve, au fond d'un vieux carton,
Un bouquet tout fané de la belle Sylvie
Et le ruban fripé du bonnet de Pompon.
Mes sens ont un réveil devant ces témoignages, Et malgré moi les pleurs envahissent mes yeux... Qu'il était bon le temps de ces amours volages ! Ah ! j'étais jeune alors, à présent je suis vieux.
Malgré cela mon cœur se réchauffe, s'oppresse En entendant vibrer la voix du Souvenir." Il bat, mais c'est en vain. Il n'est que la jeunesse! Et pour aimer encore il ne peut rajeunir.