‹ Chants et chansonsChapitre 150 sur 202 · BIBI · texte numérisé non relu

BIBI

Air : Contentom-nous d'une simple bouteille (Mouret).

La conscience est un juge sincère Oui souvent dit tout bas la vérité; A parler franc, je ne l'écoute guère.

Et je me plais dans la perversité.

284 Chants ci Cliansons

J'ai pour ami Duval, une trouvaille !

Un cœur qui fait honneur au genre humain;

Et je me dis : faut-il être canaille

Pour lui serrer, en souriant, la main !

Ah ! Duval m'aime, il me rend des services,

Du vol-au-vent, à table, sans façon,

Il m'a toujours donné les écrevisses,

Et du pain frais l'entame, le croûton.

Il se mettrait, comme on dit, sur la paille

Pour ne pas faire à Bibi du chao^rin;

Et je me dis : faut-il être canaille

Pour lui serrer, en souriant, la main!

C'est un ami, tout me le persuade; Ses sentiments sont tous de bon aloi, Mais ses discours sentent trop la pommade; J'en suis jaloux; ça, c'est plus fort que moi. Que voulez-vous? je ne suis pas de taille A le tomber, je le déchire un brin.... Et je me dis : faut-il être canaille Pour lui serrer, en souriant, la main !

Duval est bien à la Banque de France.

Quand je n'ai pas d'argent pour m'amuser, Je vas à lui tout droit, de préférence; C'est un ami, peut-il me refuser.?

Pour lui, c'est rien ; constamment il travaille, Mais moi... souvent, je ne suis pas en train. Et je me dis : faut-il être canaille Pour lui serrer, en souriant la main !

Monsieur veut être un homme politique.

Il prend des airs de futur député; II crie au club : Vive la République ! Et sous son toit : A bas la Liberté !

de Paul Avcnel. 285

Sa femme pleure et s'ennuie; elle bâille... Je voterai contre lui, c'est certain.

Et je me dis : faut- il être canaille Pour lui serrer, en souriant, la main !

Connaissez-vous sa femme ? — Non ? — Un ange !

Un petit ange abandonné des cieux,

Avec lequel, et c'est à ma louange,

Pour le moment, je suis très bien... au mieux.

C'est par amour que sa vertu déraille;

Je l'ai menée hier à Saint-Germain.

Mon vieux Duval ! Ah ! je suis bien canaille

De te serrer, en souriant, la main !

Tu peux mourir, et jusqu'au cimetière J'irai, guidé par ma vieille amitié; Car, tu le sais, je t'aime comme un frère : Nous avons tout partagé par moitié.

Si la vie est une longue bataille, La mort guérit du plus profond chagrin. En attendant ta mort, Bibi-Canaille Te serre encore, en souriant, la main.

2 décembre 1883.

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