L'ALLIANCE FRANCO-ALLEMANDE
Paris, Berlin unis? ô citoyens, qu'entends-je ! D'où sort donc cette voix à la rudesse étrange ? Elle nous vient du Nord et du pays germain. Le chancelier de fer, dit-on, nous tend la main. Ce Cimbre conquérant, ce fusilleur de braves, Cet ivrogne de sang et ce videur de caves Veut nous donner sans doute un baiser de Judas? Il a pillé la France. Oh ! ne l'oublions pas !
Des rives de la Sprée aux rives de la Seine^
Cet homme a répandu, comme un poison, la haine;
Ce barbare moderne au front sombre et fatal
Avait pour tout génie un cerveau féodal.
Ce Prussien superbe, un Goth n'eût pas fait pire.
Après avoir brisé l'empereur et Tempire,
Humilia, trahis, nos malheureux soldats.
Le fils venge le père. Oh ! ne l'oublions pas !
A l'acerbe Bismarck la gloire fut facile : Son adversaire était un viveur imbécile; La populace alors aimait cet histrion Qui se croyait César étant Césarion ; Et qui substituant l'empire à la Patrie Envoyait en riant la France à la tuerie; Ce lâche ayant eu peur d'un glorieux trépas. Il rendit son épée... Oh ! ne l'oublions pas !
de Paul Avenel. 297
La France d'aujourd'hui, la grande République N'est pour rien dans cet acte infâme et sans réplique Oui d'un stigmate affreux marqua l'empire au front, Mais elle prend sa part de ce sanglant affront. Tant que la Prusse aura l'Alsace et la Lorraine, La France doit songer à la guerre prochaine ; Car c'est du sang versé dans de mâles combats Que naîtra la victoire... Oh ! ne l'oublions pas !
Tant que la Prusse aura l'Alsace et la Lorraine, En France sourdement fermentera la haine, Haine patriotique inhérente au devoir.
Que tout républicain dans le cœur doit avoir; Aussi nous repoussons l'alliance allemande. L'intérêt disparaît quand le devoir commande. La volonté du peuple est la loi des Etats Oiî gouverne le droit. Oh ! ne l'oublions pas !
Au cri de liberté, quoi qu'on dise ou qu'on fasse.
Répondront les Français de Lorraine et d'Alsace ;
Nous aurons, ce jour-là, le légitime orgueil
De sauver de Bismarck Metz et Strasbourg en deuil.
Strasbourg fut, autrefois quand elle était française.
Le berceau de Kléber et de la Marseillaise ;
Et Metz donna son sang dans d'immortels combats
Pour l'honneur de la France. Oh ! ne l'oublions pas !
Quand de la délivrance apparaîtra l'aurore,
Le martial clairon de sa note sonore
Donnera le signal de la marche en avant.
La France sans broncher mettra l'épée au vent,
Et, redressant alors sa haute et forte taille,
Déploîra son drapeau pour la grande bataille :
Les opprimés vers elle, heureux, tendront les bras,
En trouvant des sauveurs dans ses vaillants soldats.
9 octobre 1884.