‹ Chants et chansonsChapitre 156 sur 202 · UN MARI MODELE · texte numérisé non relu

UN MARI MODELE

Air : Suzoyi sortant de son village (Dalayrac).

Moi, je suis un mari modèle; Regardez-moi, ça doit se voir.

A Paméla je suis fidèle Et n'écoute que mon devoir.

Elle est charmante, Elle est aimante; Tout mon bonheur se lit dans ses grands yeux. Sa taille est fine, Sa main divine; On lui croirait de célestes aïeux.

Chants et Ch an s on s

Si transparente est sa belle âme Et son doux sourire est si beau Que je me jetterais à l'eau

Par amour pour ma femme. (Bis.)

Comme Azor je reste à la niche Pour mieux faire ses volontés ; Heureusement que je suis riche :

Ses caprices sont respectés.

Robe nouvelle, Soie et dentelle Sortent toujours des meilleures maisons; Sa couturière Est la première Pour inventer la mode des saisons.

Enfin^ grâce à mes soins, Madame Peut avoir tout ce qu'il lui plaît, Car j'ai les vertus d'un valet Par amour pour ma femme.

Lorsque j'étais célibataire, J'aimais le rire et la chanson ; Sans avoir l'esprit de Voltaire, J'avais la gaîté du pinson; Mais à cette heure.

En ma demeure On n'entend plus fredonner un refrain ; Mon cœur morose En sa névrose.

N'a plus l'ardeur d'un joyeux boute-en-train; Et sur ma galère je rame Comme un esclave dans mon coin; Je suis bête à manger du foin Par amour pour ma femme.

Me croyant de l'intelligence, Je me disais libre penseur;

de Paul Ave /le l. • 295

Et pourtant, malgré ma défense, Ma femme a pris un confesseur.

Et par faiblesse, Moi je la laisse Avec ferveur avaler le bon Dieu.

Tout bas j'enrage, Mais sans tapage; Les yeux baissés, nous sortons du saint lieu. Ah ! ma conduite vaut un blâme !

Je le sais, je devrais lutter...

Mais non, je suis à fouetter, Par amour pour ma femme.

Et pour comble : Ma belle -mère Avec moi se croit tout permis.

Ce qu'elle rend ma vie amère Ne peut se dire, ô mes amis!

Elle jacasse Et me tracasse Par ses conseils et son grand dévoûment; Cette mégère, Oh ! m'exaspère.

En trouvant noir ce que j'ai trouvé blanc. Vraiment, j'en ai la mort dans l'âme ! Chez moi, tous les jours, la voilà.

Et j'embrasse ce monstre-là...

Par amour pour ma femme.

En ménage je voulais être Un bon mari pour Paméla; Et je croyais rester le maître, La loi me donnant ce droit-là.

Mais, ô misère !

La belle-mère A compromis mon bonheur à venir.

Et mon épouse • D'elle est jalouse...

Elle m'a dit hier : Faut en finir !

Tu m'aimes trop; éteins ta flamme :

Elle commence à me lasser...

Ah ! — Eh bien, je vais divorcer...

Par amour pour ma femme. (Bis.)

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