UN MARI MODELE
Air : Suzoyi sortant de son village (Dalayrac).
Moi, je suis un mari modèle; Regardez-moi, ça doit se voir.
A Paméla je suis fidèle Et n'écoute que mon devoir.
Elle est charmante, Elle est aimante; Tout mon bonheur se lit dans ses grands yeux. Sa taille est fine, Sa main divine; On lui croirait de célestes aïeux.
Chants et Ch an s on s
Si transparente est sa belle âme Et son doux sourire est si beau Que je me jetterais à l'eau
Par amour pour ma femme. (Bis.)
Comme Azor je reste à la niche Pour mieux faire ses volontés ; Heureusement que je suis riche :
Ses caprices sont respectés.
Robe nouvelle, Soie et dentelle Sortent toujours des meilleures maisons; Sa couturière Est la première Pour inventer la mode des saisons.
Enfin^ grâce à mes soins, Madame Peut avoir tout ce qu'il lui plaît, Car j'ai les vertus d'un valet Par amour pour ma femme.
Lorsque j'étais célibataire, J'aimais le rire et la chanson ; Sans avoir l'esprit de Voltaire, J'avais la gaîté du pinson; Mais à cette heure.
En ma demeure On n'entend plus fredonner un refrain ; Mon cœur morose En sa névrose.
N'a plus l'ardeur d'un joyeux boute-en-train; Et sur ma galère je rame Comme un esclave dans mon coin; Je suis bête à manger du foin Par amour pour ma femme.
Me croyant de l'intelligence, Je me disais libre penseur;
de Paul Ave /le l. • 295
Et pourtant, malgré ma défense, Ma femme a pris un confesseur.
Et par faiblesse, Moi je la laisse Avec ferveur avaler le bon Dieu.
Tout bas j'enrage, Mais sans tapage; Les yeux baissés, nous sortons du saint lieu. Ah ! ma conduite vaut un blâme !
Je le sais, je devrais lutter...
Mais non, je suis à fouetter, Par amour pour ma femme.
Et pour comble : Ma belle -mère Avec moi se croit tout permis.
Ce qu'elle rend ma vie amère Ne peut se dire, ô mes amis!
Elle jacasse Et me tracasse Par ses conseils et son grand dévoûment; Cette mégère, Oh ! m'exaspère.
En trouvant noir ce que j'ai trouvé blanc. Vraiment, j'en ai la mort dans l'âme ! Chez moi, tous les jours, la voilà.
Et j'embrasse ce monstre-là...
Par amour pour ma femme.
En ménage je voulais être Un bon mari pour Paméla; Et je croyais rester le maître, La loi me donnant ce droit-là.
Mais, ô misère !
La belle-mère A compromis mon bonheur à venir.
Et mon épouse • D'elle est jalouse...
Elle m'a dit hier : Faut en finir !
Tu m'aimes trop; éteins ta flamme :
Elle commence à me lasser...
Ah ! — Eh bien, je vais divorcer...
Par amour pour ma femme. (Bis.)