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PLACE AUX HONNETES GENS

Air de Madame Favart.

Par un singulier phénomène Satan me donne le pouvoir, Sortant de ma nature humaine, De voir ce que l'on ne peut voir.

Je possède la double vue. Que de coquins dans tous les rangs !

Je vais en passer la revue.

Allons, place aux honnêtes gens !

J'aperçois une salle immense.

C'est la Chambre des députés,

Et j'y constate la présence

D'une foule de nullités.

Ah ! s'ils n'étaient que nuls encore !

Mais ce sont de ces intrigants

Que la rapacité dévore.

Allons, place aux honnêtes gens !

Quels sont ces chauves personnages

Dans ce vaste pensionnat ?

On dirait les Petits-Ménages...

Tiens ! c'est le palais du Sénat.

Je vois RamoUot et Macaire,

Ils dorment tous deux à leurs bancs,

(Bis.)

de Paul Avenel. 335

De travailler c'est leur manière.

Allons, place aux honnêtes gens !

Certains de nos beaux politiques, Tant sénateurs que députés, Des Chambres ont fait des boutiques Où leurs bons avis sont cotés.

Ceux-là, ma foi ! ne dorment guère, Ils se montrent très obligeants :

Mais pour cela faut qu'on éclaire...

Allons, place aux honnêtes gens !

Tel arrivé par le suffrage

Se moque du qu'en dira-t-on.

Il roule à présent équipage,

Il connaît le tour du bâton.

Abusant de sa hardiesse.

Le drôle ne prend plus de gants

Pour dissimuler sa richesse.

Allons, place aux honnêtes gens!

Enfin, jusques à monsieur Gendre ^ Qui, sous le toit du Président, Se permet sans façon de prendre Un pot-de-vin à son client.

Haro ! sur ce beau gentilhomme.

Ce passé maître en guet-apens, Il vend l'honneur... à lui la pomme !

Allons, place aux honnêtes gens !

On chassa les marchands du temple, Eh bien, nous, chassons les faiseurs.

Ce sera d'un très bon exemple Peut-être pour leurs successeurs.

1. M. Daniel Wilsou, député et gendre de M. Jules Grévy, président de la Képublique.

Chants et Chmisons

Notre honneur a ses exigences, Nous balaîrons en même temps Et l'Elysée et ses agents ^..

Allons, place aux honnêtes gens !

13 novembre 1887.

JEAN BOBIN

Air de la Treille de dncé?-ité.

J'ai l'étoffe D'un philosophe, Bon pied, bon œil, bonne santé, Et rien n'entrave ma gaîté. (Bis.)

Je vis avec insouciance,

Sans un chagrin, sans un désir;

Je vous avoue en conscience

Que d'être ainsi c'est un plaisir. (Bis.)

Oui, je suis monsieur sans madame.

Bon vivant sans train de maison;

Rien ne m'invite à prendre femme...

Ah ! qu'il m'est doux d'être garçon !

J'ai l'étoffe D'un philosophe.

Bon pied, bon oeil, bonne santé, Et rien n'entrave ma gaîté.

1. On se rappelle que M. Daniel Wilson, gendre de M, Jules Grévy, président de la République, avait établi ses agences d'affaires dans le palais de l'Elysée, et que cela fut la principale cause, le l'^'" décembre 1887, de la démission de son beau-père. M. Grévy fut remplacé à la présidence par M. Sadi Carnot, le 3 décembre 1887, — Et plus tard, le l*"" mars 1888, M. Wilson fut condamné en police correctionnelle à deux ans de prison, 3,000 francs d'amende et aux frais, pour le trafic honteux qu'il faisait de la croix de la Légion d'honneur. Il eu appela et fut acquitté par ses juges, mais non parle pubUc.

de Paul Avenel. 33;

En prenant une femme aimable On court risque d'être dupé; Ce ne serait pas agréable D'avoir l'air d'un mari... trompé.

On rit de la mésaventure Quand votre voisin est l'époux, Mais on ferait triste figure Si les cornes étaient pour vous.

J'ai l'étoffe D'un philosophe, Bon pied, bon œil, bonne santé.

Et rien n'entrave ma gaîté.

L'homme propose et Dieu dispose, Dans la vie il faut tout prévoir.

Etre cornard est une chose Qui doit toujours vous émouvoir.

O Seigneur ! si je me marie.

Il peut m'arriver bel et bien D'entrer dans cette confrérie...

Faites que je n'en sache rien.

J'ai l'étoffe D'un philosophe.

Bon pied, bon œil, bonne santé.

Et rien n'entrave ma gaîté.

Mais si j'apprenais que ma femme, Trahissant son tendre serment, Brûle de son ardente flamme Le cœur de quelque fol amant !

Seigneur, donnez-moi le courage De narguer ce charmant vainqueur, En accueillant mon cocuage Avec un sourire moqueur.

J'ai l'étoffe D'un philosophe, Bon pied, bon œil, bonne santé, Et rien n'entrave ma gaîté.

Seigneur, exaucez ma prière !

Laissez-moi vivre à ma façon,

Et faites que ma vie entière

Se passe à l'état de garçon.

Moi, Jean Bobin, je suis mon maître,

Et j'aime mieux assurément

Faire des cocus que de l'être...

A chacun son tempérament.

J'ai l'étoffe D'un philosophe, Bon pied, bon œil, bonne santé, Et rien n'entrave ma gaîté.

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