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LE SOURIRE DE L'ENFANT

Air de Madame Fovart.

« Maître Gillot, c'est votre affaire !

Mais je vous croyais plus de cœur.

— Et pourquoi ça, monsieur le maire, Serais-je un oiseau de malheur?

— Vous voulez donc que je précise.

Ce qu'au village on dit de vous?

— Sans doute au sujet de Denise !...

Adieu, je vas planter mes choux.

— Je vous croyais mauvaise tête, Mais honnête, monsieur Gillot.

de Paul Avenel. 339

— Me croyez-vous donc assez bête Pour reconnaître son marmot ?

— Il est de vous; elle vous aime, Et vous le savez mieux que nous.

— C'est peut-être vrai tout de même !.. Adieu, je vas planter mes choux.

Maître Gillot quitte la route Pour s'en aller à travers champs; Et le maire tout bas ajoute :

« Ah ! voilà bien les paysans ! »

Gillot pense que la Denise Est aimable pour ses yeux doux, Mais l'épouser serait sottise; 11 s'en va donc planter ses choux.

« Je ne veux point prendre une fille,

Dit-il, qui ne possède rien.

Ah ! je l'avoue, elle est gentille,

Mais au soleil, moi, j'ai du bien.

Je l'aimai malgré sa misère,

Même que j'en étais jaloux...

Bah ! une autre est mieux mon affaire !

Allons, Gillot, plante tes choux. »

Denise apparaît dans la plaine.

Portant son enfant dans ses bras; Elle avance droite et sereine Vers Gillot qui ne la voit pas.

Elle dit : « Bébé, vois ton père.

Comme lui, tes cheveux sont roux. »

Maître Gillot, presque colère, Cesse alors de planter ses choux.

Mais il ne trouve rien à dire, Et reste en face du marmot, Oui lui fait un tendre sourire Ne sachant prononcer un mot.

Gillot ému s'avance et tremble, Regardant Denise en dessous.

« Veux-tu, dit-il, rentrer ensemble, J'ai fini de planter mes choux. »

Le sourire du petit être

Avait ravivé tous ses torts.

En faisant tout à coup renaître

L'amour à côté du remords.

« Je sens battre mon cœur, ma chère,

Ce bel enfant est bien à nous;

Et par-devant monsieur le maire,

Je veux devenir ton époux. »

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