A LA MÉMOIRE
iDu prince Eugène-Louis-Napoléon,
fils du héros de Sedan,
petit-neveu du héros de Moscou,
et prétendant au trône de France ;
aimable et bien élevé ;
qui s'était fait de nombreux amis,
et malheureusement perdit la vie
dans un conflit très suspect
qui ne le concernait en rien.
Une faible partie du peuple anglais
a érigé ce monument
pour montrer au monde
son médiocre respect pour les sentiments
nationaux de la France
et ses vives sympathies pour la cause
de l'impérialisme.
Une remarque singulière. Le dimanche était le jour fatal •des Napoléon. — C'est le dimanche que se sont écroulés les deux premiers empires, et, pour beaucoup de gens, le troisième. Bataille de Waterloo, le dimanche l8 juin 1815. — Chute de Napoléon III, le dimanche 4 septembre 1870. — Mort du prince impérial, le dimanche i" juin 1879 (jour de la Pentecôte).
Le nom du soldat zoulou qui a tué l'ex-prince impérial, c'est-à-dire qui lui a donné le coup de grâce, s'appelait Xabaugo. Il a été tué à son tour à la bataille d' Oiiiumdi.
Un comité s'était donc formé en Angleterre pour l'érection 'd'une statue à la mémoire du jeune Louis-Napoléon, dans Westminster-Abbey. — Un meeting eut lieu dans Saint- Jame's Hall pour combattre ce projet. Voici le texte de la résolution adoptée par cette assemblée populaire :
Notes. 389.
« Le meeting est d'avis : que rien ne justifie l'érection du monument projeté dans un lieu réservé aux morts illustres de l'Angleterre ; que, d'ailleurs, le prince Napoléon ne figurait pas régulièrement parmi les combattants; que l'on pourrait voir dans cet honneur rendu à sa mémoire la reconnaissance de droits dynastiques; que cette objection est d'autant plus forte, qu'il est prouvé surabondamment qu'en allant au Zululand le prince cherchait à s'acquérir quelque gloire militaire, afin de la faire servir à ses entreprises ultérieures contre le gouvernement librement choisi par un peuple ami de l'Angleterre. »
La Chambre des communes discuta à son tour la penséeofficielle du meeting, et décida que ledit projet était en contradiction avec les sentit^ients du peuple anglais.
A la suite de ce vote (171 voix contre 116), la reine a donné son consentement à ce que la statue du prince soit élevée dans la chapelle Saint-George de Windsor. (Juillet 1880.)
Le 9 janvier 1888, en Angleterre, a eu lieu la translation des restes de Napoléon III et de ceux du prince impérial de la chapelle de Chislehurst dans le monument préparé pour les recevoir à Farnborough.
Les cercueils de Napoléon III et de l'ex-prince impérial ont été transportés de Chislehurst à Farnborough, dans un wagon disposé en chapelle ardente. Ils étaient couverts de fleurs envoyées par l'impératrice et des amis de la famille impériale.
L'abbé Goddard a fait seul le trajet dans le wagon-chapelle. C est M. Piétri qui avait réglé toutes les dispositions relatives à la translation et veillé à leur exécution.
Le train est arrivé à Farnborough à une heure trente minutes. Un détachement d'artillerie montée attendait à la gare. Les cercueils, couverts d'un drap violet avec écharpes tricolores, ont été aussitôt placés sur des affûts de canon, attelés chacun de quatre chevaux.
Le cortège funèbre s'est mis en marche, salué par la foule nombreuse qui se pressait sur le parcours, jusqu'au mausolée où Lucien Bonaparte et le clergé attendaient.
La reine Victoria était représentée par le major Bigge.
Les couronnes envoyées par la reine et la princesse Béatrice étaient en immortelles blanches et en violettes ; elles portaient au centre l'initiale N.
390 Notes.