LES DIAMANTS
0 i; UN AVOCAT DU SECOND EMPIRE
Air : Je rais bientôt quitter l'Empire.
Ah ! voyez ma folie entière.
Moi, le fils d'un républicain, J'ai pris pour femme une héritière Du noble faubourg Saint-Germain. (Bis.) Que voulez-vous ! la belle Elvire Avait des yeux bleus si charmants!... (Bis.) Pour m'enrichir, je dois servir l'empire : Ma femme veut des diamants. (Bis.)
Comme avocat — pour sa famille — J'avais eu quelques beaux succès, Et l'on me colloqua la fille Pour honoraires des procès.
Je fus faible, je dois le dire, A l'endroit de mes sentiments...
Pour m'enrichir, je dois servir l'empire: Ma femme veut des diamants.
J'ai forfait à la conscience Pour les doux caprices du cœur; Mais sur mes habits d'ordonnance Je fais briller ma croix d'honneur.
Parfois, je me prends à maudire Tous mes honneurs déshonorants...
Pour m'enrichir, je dois sei^vir l'empire : Ma femme veut des diamants.
On a remarqué ma souplesse Savante, en plein conseil d'État; Enfin, de bassesse en bassesse.
J'espère aller jusqu'au Sénat.
Alors — c'est le rêve d'Elvire ! — J'aurai part aux gros traitements'.
Pour m'enrichir, je dois servir l'empire : Ma femme veut des diamants.
Mon Elvire fut très adroite, Elle eut pour moi des protecteurs
1, Voici le chiffre des traitements de quelques-uns de nos hauts fonctionnaires sous le second empire :
Son Excellence M. Troplong :
Sénateur 30,000 fr.
Président du Sénat 130,000
(Logement en plus).
Premier président de la Cour de cassation. . . . 35,000
Membre de l'Institut 1,500
Total 196,500 fr.
de Paul Aven cl. 43
Et dans la gauche et dans la droite Ce sont là des appuis flatteurs. Même je me suis laissé dire Ou'Elvire avait eu des amants...
Il le fallait ! — Je dois ser\'ir l'empire Ma femme veut des diamants.
Mais si le républicanisme Broyait l'empire et l'empereur, Et que plus tard l'orléanisme Fût accueilli comme un sauveur*, Je serv'irais, sans trop rien dire, La République et d'Orléans!,..
En attendant, je dois servir l'empire : Ma femme veut des diamants.
Les principes sont des bêtises Qu'il faut laisser aux puritains; Trop de vertu fait les sottises De nos fougueux républicains.
LL. Exe. Mil. le comte Baragnay-d'Hilliers, Regnault de Saint-Jeand'Angely, Certain Canrobert, Bazaine :
Sénateur 30.000 fr.
Maréchal 30,000
(16 rations de cheral par jour et réduction du pris sur les chemins de fer.)
Grand'croix de la Légion d'honneur 3,000
Commandant de corps d'armée 100.000
(Logement.)
Chacun 163,000 fr.
M. Rouher, 163,000; M. Taillant. 228,000; M. Baroche, 130.000; M. le comte de Goyon, 160,000; M. Fleury, 119,000 francs.
La liste serait fort longue, si nous voulions poursuivre cette nomenclature instructive.
Yoilà ce que Ton appelait les gros traitements.
1. L'auteur ne prévoyait pas alors les revendications pécuniaires des princes dOrléans. La France mutilée, écrasée par cinq milUarils à payer a la Prusse, leur donna néanmoins 40 millions. Depuis ils ont constamment conspiré contre la République. Le comte de Paris, s'étant posé en prétendant, fut expulsé de France le 22 juin 1886.
44 Cha?its et Chansons
C'est avec le même sourire Que je tourne aux gouvernements.
En attendant, je dois servir l'empire : Ma femme veut des diamants.
Mai 1854.