NOTRE CURÉ
Air : C'est le gros Thomas.
Notre cher curé Est ce qu'on appelle un bel homme;
Il est vénéré Par ses ouailles, Dieu sait comme,
Pour certains fins minois
Qu'il s'est damné de fois !
Mais, que voulez-vous ! la nature A l'amour ne peut faire injure.
Moi, je trouve vraiment,
Ce curé-là charmant.
Dans ses beaux sermons Il prend le ton des bons apôtres,
II nous dit : « Aimons, Secourons-nous les uns les autres.
Frères multipliez, Et vous, mes sœurs, priez.
de Pli u l A Va ne /. 47
Jésus protège la famille
Lorsque la marmaille y fourmille. »
Moi, je trouve vraiment.
Ce curé-là charmant.
On parle tout bas.
De ses bâtards dans le village ;
Tous ces petits gas Ont sa tournure et son visage.
Les maris, ô mon Dieu !
Seuls, n'y voient que du feu.
Malgré ses excès de tendresse Il n'en dit pas moins bien la messe,
Moi, je trouve vraiment,
Ce curé-là charmant.
Est-il criminel Ce grand diseur de patenôtres,
Dont le but charnel Est d'avoir les femmes des autres?
Toujours le goupillon
Aima le cotillon; Et femme sait que la soutane Est friande d'amour profane.
Moi, je trouve vraiment,
Ce curé-là charmant.
La paternité Pour son cœur n'est point une chaîne.
Car, en vérité, Il a le plaisir sans la peine.
S'il met au bénitier
Le doigt^ c'est par métier.
Il redevient l'homme-mystère Quand il rentre à son presbytère.
Moi, je trouve vraiment,
Ce curé-là charmant.
48 Chants et Chajisons.
Quand il sera vieux Nous verrons ce bon diable, ermite;
Et faute de mieux Croire aux vertus de l'eau bénite.
Mais il boira du vin
A l'office divin; Et puis, pour racheter les âmes, Il prêchera contre les femmes.
Moi, je trouve vraiment.
Ce curé-là charmant.
LE CRI DE LA POLOGNE Cantate,
La Pologne nous appelle, Marchons au cri qu'elle a jeté;
Vaincre en combattant pour elle, C'est vaincre pour la liberté !
La vieille Pologne opprimée.
Dans un fier et suprême élan, Soudain s'est changée en armée Pour combattre en face un tyran ^ ; Elle a brisé ses lourdes chaînes, Laissant déborder de son cœur Tous les affronts, toutes les haines Qu'y jeta son martyriseur.
1. Napoléon III resta insensible aux dernières «onvnlsions de la Pologne. Pour la secourir, il fallait la guerre, et il ne se sentait déjà plus assez fort pour en tenter l'aventure. Le régime impérial étiolait la France.
de Paul Aven cl. 49
La Pologne nous appelle, Marchons au cri qu'elle a jeté;
Vaincre en combattant pour elle, C'est vaincre pour la liberté !
France, tu connais son courage, En noble sœur, tends-lui la main; Du Cosaque arrête la rage, Car il sera trop tard demain.
Elle réclame par les armes Sa place dans l'humanité :
Il faut du sang et non des larmes Pour conquérir la liberté !
La Pologne nous appelle, Marchons au cri qu'elle a jeté;
Vaincre en combattant pour elle, C'est vaincre pour la liberté !
Tu sais qu'aux grands jours de bataille.
Aux champs de Leipsick et d'Eylau,
Elle se haussait à ta taille
Pour mieux défendre ton drapeau.
Ce glorieux passé l'enivre !
France, elle ne doit pas périr;
Elle renaît, elle veut vivre :
La laisseras-tu donc mourir?
La Pologne nous appelle.
Marchons au cri qu'elle a jeté ;
Vaincre en combattant pour elle, C'est vaincre pour la liberté !
Entends-tu le glas funéraire Monter vers les cieux en pleurant .'' C'est l'hécatombe sanguinaire De ses fils morts en combattant,
France, ses droits sont légitimes, Délivre-la des oppresseurs :
Sinon, du sang de ses victimes, Un jour, naîtront d'autres vengeurs.
La Pologne nous appelle, Marchons au cri qu'elle a jeté :
Vaincre en combattant pour elle, C'est vaincre pour la liberté?
15 mars 18G3.