BERANGER LE POETE NATIONAL
Air de Bércmger à l'Académie.
De Béranger, je voudrais pour vous plaire.
Posséder l'art des vers mélodieux ;
Mais je n'ai pas son talent populaire
Qui sut grandir un despote odieux.
Moi, je n'ai pas « flatté que l'infortune, »
Comme il le dit pour se donner raison'.
J'aime Lisette ou Frétillon la brune
Dont les amours égayaient sa maison. (Bis.)
Oui, Béranger divinisa l'empire En admirant ce Corse à cheveux plats, Qui transforma dans un fatal délire Les citoyens en d'ineptes soldats.
1. Béranger dit, pour s'excuser de son chauvinisme, qu'il n'a chanté Bonaparte que lorsqii'il fut le Napoléon de Sainte-Hélène. — Excuse puérile. — Avare de sa popularité, il n'osa pas publier toutes ses chansons napoléoniennes de son vivant ; il les relégua dans ses œuvres posthumes. (Voir sa Lettre à M. Perrotin.)
de Paul AvcJiel. 51
Le chansonnier vanta dans la chaumière * Les faits sanglants de ce tyran flatté; La France alors s'élançait la première, Le sabre en main, contre la liberté.
Dans ses chansons, cet homme a la manie
De se poser en rimeur ignorant ;
Son galoubet, malgré tout son génie,
Se fait petit afin d'être plus grand.
Il se dit laid, chétif ; il nous informe
Qu'on le croit noble et qu'il est roturier.
Puis il ajoute, et cela pour la forme :
« Moi, je ne suis qu'un pauvre chansonnier. »
N'écoutons pas, amis, ce faux bonhomme : Aux Bonaparte il a tendu la main.
Ne chantons pas la colonne Vendôme :
Ce monument est noir de sang humain - De Marengo les aigles trop altières Partout en France ont jeté la terreur!...
1 . Les cliansous bouapartistes de Béranger ont puissamment contribué à l'avènement du second empire. La légende napoléonienne avait été, par lui, sentimentalement présentée au peuple. Ses poétiques couplets convertissaient les naïfs et les ignorants. Ils consacraient ce culte aveugle et stupide pour le nom de Napoléon, et voué au ridicule sous la dénomination de chauiinismp.
En un mot, il acclimata xoiis le chaume le souvenir de l'homme de Brumaire. 11 avait fait, à l'usage des paysans, un dieu du vaincu de Waterloo. Le vote des campagnes pour le second empire en est la preuve. Aussi Napoléon HT voulut-il que Béranger fût iléclaré poète xation'al et que les honneurs militaires fussent i-endus à sa dépouille mortelle. « Ce pieux hommage, disait le préfet de police Piétri, était dû an poète dont les chants, consacrés au culte de la patrie, ont aidé à perpétuer, dans le cœur du peuple, le souvenir îles gloires impériales. » — Béranger est mort le 16 juillet 1857.
•2. La Commmie de Paris décréta, le 13 avril 1871, la démolition de la colonne de la place Vendôme « comme étant un symbole de la force brutale et de la fausse gloire, une affirmation du militarisme, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, etc. » Cette colonne fut abattue le 16 mai 1871, et réédifiée en 1872 par un décret de l'Aspemblée. - Ces événements nous remettent en mémoire les vers qui furent plft-
53 Chants ci Chansons
On fit périr des familles entières Pour n'avoir pas adoré l'empereur *.
Je ne vois pas en l'homme de Brumaire
Un idéal de pouvoir paternel ^ ;
J'y vois, hélas ! un Corse autoritaire
Se conduisant comme un grand criminel.
Le despotisme engendre la souffrance,
Les conquérants sont toujours des bourreaux.
Je voudrais voir la République en France
Des vieux partis déchirer les drapeaux.
A Béranger, par raison, je préfère Ce franc buveur qu'on nommait Trinquefort : La politique était toute en son verre Qu'il emplissait, en riant, jusqu'au bord. Et, quand le vin lui montait à la tête, Le gros bon sens lui dictait sa chanson : Napoléon n'était pas de la fête !...
Mes chers amis, saluons sa maison.
27 juillet 1857.
cardés à sa base, le lendemain de l'érection de la statue de Napoléon I*' au sommet de ce trophée de la force :
Tyran orgueilleux et farouche, Si le sang que tu fis verser Ici se pouyait amasser, n monterait jusqu'à ta bouche, Et tu boirais sans te baisser.
1. Sous le second empire, la tradition impériale se continua : Cayenne Y et Lambessa ne furent-elles pas les sombres nécropoles de la démocratie ?
2. L'empereur d'Autriche appelait Napoléon le roi de la canaille ; Urne (Je Staël l'appelait Robespierre à cheval^ signalant ainsi en lui la roture et la révohxtion.
de Paicl Aven cl. 53