AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE
Souvenir du peuple.
tdiiUTUS du joug des rois sauva la République, OCTAVE fit fermer le temple de Janus, t^îUMA, sur les autels, fonda sa politique, [>X]S''IBAL se fraya des chemins inconnus, hdÉRiCLÈs triompha des Marat de l'Attique, ►>LEXAN'DRE, aux combats, signala sa valeur, HijOMULUS des Romains prépara la grandeur, HiTUS, chez les mortels, sut mériter des temples HT NAPOLÉON aenl résume ces exemples.
Comment trouvez-vous l'idée d'illustrer chaque lettre du mot Bonaparte du nom d'un grand homme?
Voilà vraiment im acrosticlie aussi flatteur qu'original I Malgré son serment solennel, le 2 décembre 1851, Bonaparte, ayant pour complices Morny, Persigny, Magnan, Maupas et Saint- Arnaud, faisait le coup d'État.
Préface. vu
Ce crime avait demandé de longs préparatifs. La Chambre en avait été prévenue ; la majorité de ses membres ne croyait pas à sa perpétration ; mais la J/b??tacjne y croyait. Voilà pourquoi le citoyen Miot, représentant du peuple, que je rencontrai le 30 novembre, rue de Seine, à six heures du soir, me dit : ce Si cette nuit le général Changarnier ne met pas le président à Vincennes, c'est nous qu'on fourrera dedans et la République avec. IL conspire, nous le savons. y>
Changarnier avait le commandement des troupes qui devaient veiller à la sûrelé de l'Assemblée nationale. Le général Bergamote, comme on appelait alors ce beau militaire, à cause des parfums qu'il employait à sa toilette, se garda bien d'arrêter les conspirateurs ; il aima mieux se laisser arrêter.
Quelques heures avant la mise en scène des principaux acteurs du coup d'Etat, ^[. de Momy assistait à la première représentation de la Fée aux Roses, au théâtre de r Opéra-Comique. Il attendait là l'heure de se rendre à l'Elysée, résidence officielle du président de la République. Il affecta même de se montrer successivement dans plusieurs endroits de la salle. Il entrait dans les loges où il trouvait des personnes de connaissance. — Vers onze heures, on le vit dans la loge occupée par M™*^de Liadières, femme d'un officier-poète de la cour de Louis- Philippe ^
— On assure, dit M™® de Liadières en souriant à M. de Morny, qu'on va balayer la Chambre ; de quel côté vous mettrez-vous ?
— Madame, répondit-il, s'il y a un coup de balai, je taclierai de me mettre du côté du manche.
1. M. de Liadières était l'auteur des Bâtons flottants, pièce en oinq fiotes, en vers, représentée à la Comédie-Française,
VIII Préface.
Après cette réponse aussi spirituelle que cynique, !M. de Morny alla rejoindre les conspirateurs, qui s'étaient déjà réunis chez le président de la République.
Le programme du coup d'État était ainsi conçu :
1" Arrestation nocturne des représentants du peuple, surtout des généraux dont l'influence paraissait le plus redoutable ;
2° Occupation nocturne du palais de l'Assemblée ; distribution des troupes sur les points stratégiques de la capitale ;
3" Impression et publication des décrets et proclamations du président ; saisie de tous les journaux républicains ou parlementaires.
Dans la nuit étaient arrêtés à leur domicile par des commissaires de police : les généraux Eugène Cavaignac, Lamoricière, Changarnier, Bedeau, Le Flô, le lieutenantcolonel Cliarras, le capitaine Cholat, le lieutenant Valentin; MM. Roger (du Xord), Baze, Greppo, Lagrange, Miot, Thiers, Eugène Baune, etc., etc.
Excepté le Constitutionnel et la Patrie, qui, depuis quelques mois, poussaient ouvertement au coup d'État et à la restauration de rem})ire, tous les journaux furent suspendus.
A liuit heures du matin était affichée une proclamation de Louis Bonaparte, contresignée de de Morny, qui déclarait l'Assemblée nationale dissoute et décrétait l'état de siège.
Les représentants du peuple, chassés du palais de l'Assemblée, furent, dans la journée, poursuivis, traqués, arrêtés par les soldats et les commissaires de police.
Ln certain nombre d'entre eux, qui avaient échappé au
Préface. IX
coup de filet des conspirateurs, s'étaient réunis, vers onze heures du soir, cliez leur collèp^ue Lafond (du Lot), quai de Jemniapes. C'est là que fut élu le Comité de résistance. 1\ se composait des citoyens Victor Plugo, Carnot, Jules Favre, Michel (de Bourges), Madier de ^lontjau, Schœlclier et de Flotte.
Le lendemain, 3 décembre, les soldats tenaient la capitale au bout de leurs fusils.
Au milieu du brouillard matinal, on pouvait voir la proclamation suivante, manuscrite, attachée sur nn des arbres du boulevard Montmartre :
(( Au peuple !
u Akt. i3. — La Coustitution est coufiée à lu garde et au patriotisme de tous les Français.
(( Louis Napoléon est mis hors la loi.
« L'état de siège est aboli.
(( Le suffrage universel est rétabli.
« Vive la République!
(( Pour la Montagne réunie :
u Le Jh'lèguè : viCTOR HUUO. ))
Vers neuf heures et demie, plusieurs représentants voulurent organiser la résistance au faubourg Saint-Antoine. Une barricade fut improvisée au coin des rues Cotte et Sainte -Marguerite. Huit représentants, ceints de leur écharpe, voulurent la défendre. C'étaient les citoyens Alplionse Baudin (de l'Ain), Brillier, Bruckner, de Flutte, Dulac, Jules Maigne, Malardier et Schœlcher.
Une heure plus tard, Baudin tombait le front percé d'une balle tirée par un soldat du 19* de ligne.
Les soldats avinés continuèrent leur œuvre dans tout Paris. A trois lieures de l'après-midi, on fusilla, sans pro-
Pr èfeicc.
vocation aucune, les promeneurs des boulevards, de la Madeleine à la Bastille.
La terreur s'étant répandue dans tous les quartiers de Paris, les tueurs s'arrêtèrent.
Le 4 décembre, les exécuteurs du coup d'État étaient maîtres du pouvoir.
Un an après :
La France assassinée avait un empereur.
Pendant vingt ans, notre pays subit le second empire. C'était le règne des jouisseurs. Les cocottes et les petits crevés en étaient le plus bel ornement.
Aucun gouvernement de la France n'a jamais tant gaspillé d'argent que le second empire. Les gros budgets, comme les emprunts périodiques, ont été une des bases du système impérial ; toute la politique de l'empire a consisté à escompter l'avenir au profit du présent.
Dans ses quatorze premières années, l'empire a dépensé trois milliards et demi en sus de ses recettes ordinaires. — Toutes les grandes villes de France ont été entraînées par le courant et se sont endettées.
Tous ceux qui vivaient de ce régime menaient la vie à grandes guides, n'ayant aucune foi dans l'avenir. Il faut dire aussi que les gros traitements élargissaient singulièrement les consciences des gens en place et des hommes d'Etat. Un si beau règne ne pouvait toujours durer.
Le 30 mai 1868, parut la Lanterne de M. Henri Rochefort. Cet écrivain était alors un homme de trente-cinq ans, grand, maigre, au front large et proéminent, à la chevelure noire, rude et frisée. Son œil, encavé sous l'arcade orbitaire, avait un regard vif et pénétrant. L'ensemble de sa i)hysionomie annonçait une ferme résolution secondée d'un grand courage.
Dès le premier numéro de cette publication, l'empire
Préface. XI
sentit qu'il avait en Rochefoit un adversaire redoutable.
En effet, se servant de sa 2)lume comme un chirurgien de son scalpel, il mettait à nu toutes les parties gangrenées de l'empire. Sans périplirases, il osait dire la vérité sur ce gouvernement qui, à l'aide de la police, s'était emparé de la France. Il démasqua sans pitié ce monde officiel, avide de luxe et de plaisirs faciles, depuis le maître jusqu'au dernier valet.
Les hauts fonctionnaires prirent peur.
La grande hohènie qui peuplait les Tuileries, comprit qu'elle était touchée au défaut de la cuirasse.
L'audace d'une âme honnête effrayait les audacieux du crime.
Aussi la Lanterne contribua-t-elle puissamment à la perte de l'empire. La suppression de ce pamphlet fut résolue en haut lieu. — Au onzième numéro, Rochefort fut obligé de s'expatrier pour ne pas payer de la prison les vérités terribles qui tombaient de sa plume.
La Lanterne n'en continua pas moins de paraître en Belgique et d'être lue avec avidité en France.
Le mandat de député fut la récompense décernée par le peuple de Paris à Henri Rochefort pour sa courageuse initiative ^
Sur ces entrefaites, le spectre de Baudin sembla sortir de la tombe pour venir saper le trône impérial. — L'héroïsme de ce martyr de la justice et du droit revint à toutes les mémoires. Quelques hommes d'action du parti démocratique profitèrent de la Fête des morts pour aller au cimetière Montmartre. — Ils se rassemblèrent sur la
1. Depuis cette époque, Heuri Rochefort a trompé les espérances de la
Démocratie. En se coalisant avec les ennemis de la lUpnblique pour
s'associer aux menées dictatoriales de l'ex-général Boulanger, il inlorf
cp qu'il a brûlé, et brûle ce qu'il a adori !
28 janTkr 1889,
XII Préface.
fosse de cette noble victime du 2 décembre, puis ils se séparèrent aux cris de : « Vive la République! »
Le lendemain, les journaux le Réveil et V Avenir national prenaient l'initiative d'une souscription publique pour élever un monument à la mémoire d'Alphonse Baudin. — Les souscripteurs furent nomlîreux.
Le gouvernement lit saisir ces journaux et mit en cause MM. A. Peyrat et Charles Delescluze ; puis M. Challemel- Lacour, rédacteur en chef de la Revue politique, et M. Duret, gérant de la Tribune, qui avaient aussi ouvert leur feuille à la souscription.
Le 13 novembre, ces courageux journalistes comparurent devant la sixième chambre du tribunal correctionnel en compagnie de MM. Ch. Quentin, Gaillard père et fils, et Abel Pe^'routon, poursuivis comme les promoteurs de la réunion au cimetière Montmartre. Ils étaient accusés de manœuvre à l'intérieur.
Ce fut dans ce procès que M. Léon Gambetta se révéla- Défenseur de Ch. Delescluze, il fit, avec une mâle éloquence, un tableau fidèle et saisissant des tristes agissements du gouvernement. Il raviva par sa parole vibrante, passionnée, incisive, la plaie dont souffrait depuis trop longtemps la France : cette plaie était l'empire.
Les auditeurs, enivrés par cette plaidoirie vengeresse et patriotique, rai)plaudirent malgré la défense de M. le président Vivien.
A compter de ce jour, le parti républicain avait ostensiblement dans ses rangs un champion des plus forts et des plus redoutables pour défendre les libertés. — Le nom de Gambetta fut sur-le-champ acclamé par toute la France libérale. Son grand talent était une grande espérance, qui depuis est devenue une puissante réalité.
A quelque temps de là vint l'assassinat de Victor Noir.
Préface. xiil
Ce jeune homme avait vin^^t ans et était un des rédacteurs du journal la Marseillaise.
Paschal-Grousset, rédacteur de la même feuille, se trouvant insulté })ar M. Pierre Bonaparte, choisit pour témoins Victor Xoir et Ulric de Fonvielle. Il les envoya à Auleuil, où demeurait le prince, pour demander une ré})aration par les armes.
Ils se ])résentent chez M, Pierre Bonaparte. Celui-ci, après quelques paroles échangées avec ces messieurs, tira sur eux, dans son propre salon, plusieurs coups de revolver. — Victor Xoir tomba frappé au cœur. Ulric de Fonvielle parvint à s'échapper sain et sauf, a])rès avoir eu pourtant ses vêtements traversés de deux balles.
La population parisienne fut vivement émue de ce crime, et cent mille citoyens se rendirent aux funérailles de Victor Xoir. Il fut enterré au cimetière de Xeuilly.
Dès ce jour, l'empire pencha du côté où il devait tomber. L'arbitraire, dont il avait tant abusé, avait détruit son prestige.
On en avait assez.
La prison de Mazas, la Santé et Sainte-Pélagie regorgeaient de prisonniers.
Pour rendre l'empereur encore possible, on inventait des complots contre la sûreté de l'Etat. On faisait de petites émeutes sur le boulevard Montmartre. On estropiait quelques bourgeois à coups de casse-tête ; mais la police respectait les émeutiers en blouses Hanches. — Les loups ne se mangent pas.
Tous les journaux militants avaient un ou i»lusieurs de leurs rédacteurs sous les verrous.
Les trop zélés magistrats Bernier, Delesvaux et Grandperret passaient leur temps à trouver des coujiables.
XIV Préface.
Vers le commencement de 1870, le désarroi était partout. L'édifice impérial craquait de toutes parts.
Pour remédier à cet état de choses, Napoléon III déclara la guerre à l'Allemagne.
Il voulait aller, disait-il, à Berlin, il alla à Sedan. Là, il se montra, comme toujours, indigne du nom qu'il ])ortait.
Le commandement de l'armée avait été remis au général Wimpiïen. Et, pour sortir de l'impasse où il se trouvait par la folie de Sa Majesté, il prit une résolution extrême. Il écrivit à l'empereur qui était dans l'hôtel de la préfecture à Sedan :
(( Sire,
(( Je me décide à percer la ligne qui se trouve devant le général Lebrun et Ducrot, plutôt que d'être prisonnier dans la place de Sedan.
c( Que Votre Majesté vienne se mettre au milieu de ses troupes, elles tiendront à honneur de lui ouvrir un jjassage.
« Une lieui'e un quart. — l^" septembre.