ANNIVERSAIRE DU COUP D'ÉTAT DU 2 DÉCEMBRE
Le souvenir d'un crime est souvent nécessaire. L'aïeul à ses enfants doit parler du passé : Surtout lorsqu'il s'agit d'un sombre anniversaire. Dans un noir guet-apens Paris fut terrassé Comme un lutteur surpris. Il inclina la tête Devant le bras armé d'un bandit effronté; Et cependant Paris ne craint pas la tempête : Il resta foudroyé de tant de lâcheté.
Ah ! mes petits-enfants ! quand vous lirez l'histoire, Vous direz : « Le grand-père a vu le coup d'Etat ; Nous l'écoutions narrer n'osant pas trop y croire, A cet impérial et lugubre attentat.
Quoi ! l'oncle a fait Brumaire et le neveu Décembre, Et c'est du sang humain que sort leur majesté? Qui donc croirait cela? » — Paris, ce fier Sicambre, Est resté foudrové de tant de lâcheté.
de Paul Avenel. 83
Ce faux prince, un vrai gueux, un fauve sanguinaire, Payait à ses valets le meurtre argent comptant. Mandrin à son service avait pris Lacenaire : Plus on versait de sang, plus on était content. On tuait le vieillard, l'homme, l'enfant, la mère, Au nom de ce sauveur de la société En péril. Et Paris, si fort — pensée amère ! — Paraissait foudroyé de tant de lâcheté.
Parjure à son serment, ce gredin deux fois traître. Après avoir partout répandu la terreur, Dit à ses aides : « Bien. Régnons. Je suis le maître. » — La France assassinée avait un empereur. — Enfants, souvenez-vous de ce que je vous conte, Le Xapoléon-Trois vola la liberté; Pendant vingt ans Paris en a subi la honte, Et gémit aujourd'hui de cette lâcheté.
2 décembre 1868.