EMILE AU CABINET
Air : Muses des bois et des accords champvtres.
« Sire, autrefois, j'étais de la Montagne, Un des vrais cùtç de l'opposition ^ !
Mais, aujourd'hui, modeste Charlemagne, Je viens à vous, mû par l'ambition.
Je suis sans peur et surtout sans reproche. Je tends la main à monsieur Guilloutet; J'ai dans le cœur les vertus de Baroche : Je suis donc bon à mettre au cabinet.
« Jeune, j'aimais le vieux Caton d'Utique, Je me croyais l'étoffe d'un tribun ; J'ai renié pour vous la République :
Rester Gros-Jean n'a pas le sens commun.
1. Les cinq étaient : Jnles Favre, Hénon, Ernest Picard, Eniile Ollivier et Alfred Darinion. Hénon seul est resté fidèle aux principes démocratiques. Il est mort maire de la ville de Lyon, sous la République de li70.
de Pajil Aven cl. 95
Du ciel, Morny m'inspire et me protège, Je me suis fait l'ami de Belmontet, Et de messieurs Dugué, David et Mège ^ : Je suis donc bon à mettre au cabinet.
« Paris, un jour, eut foi dans mes paroles,
Il me nomma pour vous admonester;
J'ai pris sur moi de renverser les rôles
Sans m'abaisser même à le consulter.
Je suis plus fort que monsieur La Roquette-,
Accordez-moi sa place, s'il vous plaît ;
A temps pour ça j'ai fait la girouette :
Je suis donc bon à mettre au cabinet.
« Je ne suis plus le fils de Démosthènes '', Car mon vieux père est un républicain; Il était né pour vivre dans Athènes, Moi, je suis né pour faire le Pasquin; Et dans vos eaux je nage en écrevisse ! Pour arriver, qui donc aurait mieux fait? J'étais tribun et me voilà Jocrisse !
Je suis donc bon à mettre au cabinet. »
Alors Emile étala son programme :
L'empire fort avec la liberté.
Puis il jura sur son cœur, sur son âme, Sur son portier, ample fidélité.
1. Membres obscurs de la Chambre des députés, mais tous dévoués au régime impérial.
2. M. Jean-Louis-Victor-Adolphe Forcade La Roquette, frère utérin du maréchal Saint -Arnaud, était alors ministre de l'intérieur (décembre 1869).
3. Démosthène OUivier était représentant du peuple en 1848. Il appartenait à la gauche. Il fiit exilé au 2 décembre 1851. — Aristide 01livier, frère d"Euiile et rédacteur du journal le Suffrage universel, fut tué en duel, le 21 juin 1851, par M. Fernand de Ginestous, légitimiste, à Montpellier, à la suite d'une altercation politique. Il était républicain. M. le \'icomte do Ginestous eut lui-même la ])oitrine traversée par le sabre de son adversaire, et il a vécu trente-quatre ans avec un seul poumon, car il n'est mort que le 27 octobre 1885, à Montpellier.
L'empereur dit : « Soit ! mais soyez sincère, Vous avez l'âme et l'habit d'un valet.
Formons ensemble un nouveau ministère :
Vous êtes bon à mettre au cabinet ^ . »