‹ Chants et chansonsChapitre 65 sur 202 · JUIN · texte numérisé non relu

JUIN

Un râlement lugubre au loin s'est fait entendre : Sombre sanglot humain que ce cri de douleur^ ! Cette voix de l'exil au peuple vient d'apprendre Qu'Armand Barbes est mort drapé dans son honneur Barbes, cher souvenir, grande et noble vaillance ! Le peuple fièrement, à ce deuil glorieux, Leva la tête, et dit, en regardant la France : « En fut-il dans l'empire un seul qui valût mieux? »

Barbes représentait la conscience humaine,

Il mettait haut l'honneur revendiquant le droit;

Il dédaignait la peur, il méprisait la haine,

Et toujours sans broncher vers le but marcha droit.

Il affronta la mort et dompta la souffrance^.

C'était, en politique, un preux de loyauté;

Il était, tête et cœur, tout entier à la France :

Honnête homme il est mort; pleure-le. Liberté!

Tu ronges ton frein, peuple. On rit aux Tuileries. Maître Ollivier-Scapin, en bel habit de cour. Joue à Néron goutteux ses plates fourberies ^. Du cirque de la honte il veut faire le tour.

1. Armand Barbes est mort en Hollande, à La Haye, le 26 juin 1870; M il était né à la Guadeloupe en 1809. La ville de Carcassonue lui a li élevé une statue le 26 décembre 1886. Ses cendres sont dans le domaine

de Fourtou, près de la ville. C'est là qu'il avait passé son enfance.

2. Il fit dix-sei;t années de prison et resta seize ans en exil. En 1839, Barbes avait été condamné à mort par la Chambre des pairs. Victor Hugo demanda sa grâce au roi Louis-Philippe et l'obtint (Voir la note N à la fin du volume).

3. Le jour où l'on apprit à Paris la mort de Barbes, Napoléon III avait un violent accès de goutte. La Bourse baissa.

de Paul Avenel. 123

Et la France souillée à ce jeu s'associe. Hercule n'a-t-il pas, un jour, tué Cacus ? Attends. — Le Panthéon de la démocratie Compte parmi ses morts un grand homme de plus.

Pouf ne pas prolonger son valeureux martyre^ La mort tendit les bras vers ce grand citoyen, Et l'emporta tué par dix-huit ans d'empire, Mais superbe et fidèle au culte plébéien. La fange impériale où le bourgeois se vautre, Ne salira jamais ses hauts faits libéraux... Barbes, républicain, nous honore ; il est nôtre ! La révolution en lui perd un héros.

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