A MADAME VAS SEL-FRE VILLE
Qui avait écrit à S. M. Napoléon III, pour son fils, officier au 9® hussards, emprisonné à Oran.
Cet homme, noble dame, est Héliogabale, Revenu du néant dans la peau d'un coquin Avec tous les instincts d'un fauve cannibale; Et trouvant bon pour lui le sceptre d'un Tarquin. Il a mis sous ses pieds la grandeur de la France. Tu ne le croyais pas ? Reconnais ton erreur. Son cœur est insensible à la mâle souffrance : Ce prince, sous la pourpre, est le crime-empereur.
de Paul Aven cl. 121
Cet homme, à la tribune, en face de la Chambre
N'avait-il pas juré d'aimer la liberté?
Et cependant, la nuit, une nuit de décembre,
Du peuple il confisqua la souveraineté.
Se faisant l'assassin de notre République,
Il répandit partout le sang et la terreur;
Et tu veux que ce traître écoute ta supplique?
Ce prince, sous la pourpre, est le crime-empereur.
Élevé par toi, mère, un enfant est honnête;
Croyant à ton amour, il doit croire au serment,
Fort de sa conscience, il leva haut la tête
Quand il se vit pour maître un pareil garnement.
Songea-t-il un instant à briser son épée ?
Non. Il ne voulut pas qu'on crût qu'il avait peur.
Il conspira pour dire à la France trompée :
« Ce prince, sous la pourpre, est le crime-empereur. »
Ton Eugène, ton fils, ta vie, ô pauvre veuve !
Fut vendu lâchement. Arrêté, condamné,
Aux prisons il subit une héroïque épreuve,
Mais n'en brave pas moins son geôlier couronné.
Républicain, soldat, cœur de bronze et grande âme,
Il méprise, en lion, du tigre la fureur;
Et, comme lui, tu dis, ô courageuse femme :
« Ce prince, sous la pourpre, est le crime-empereur. »
Ce fourbe par la force assure sa puissance.
Mère, résigne-toi ^ Dieu venge les enfants
Dont un martyre horrible éprouve la vaillance;
Leurs cris vers l'avenir s'envolent triomphants !
Devant ce plat despote au front la haine monte,
Ce héros de pavé n'est qu'un vil massacreur !
Un jour, la France aussi dira, pleine de honte :
« Ce prince, sous la pourpre, est le crime-empereur '. »