‹ Chants et chansonsChapitre 75 sur 202 · OCTOBRE · texte numérisé non relu

OCTOBRE

Paris, l'œil inquiet, interroge la plaine : Pensif sur le rempart, il sonde l'horizon. Les ennemis sont là. — Que fais-tu donc, Bazaine? Es-tu l'homme-devoir ou l'homme-trahison ? Grand et fier, es-tu mort devant Metz la Pucelle Comme un Léonidas avec tes compagnons ? — Paris, en t'attendant, veille et fait sentinelle. Pour l'honneur de la France, il charge ses canons.

de Paul Avenel. 135

Après Sedan livré, Paris leva la tête.

Il rugit. Bras et cœur, tout en lui frissonna.

Dans le charnier humain, il vit sa place prête...

Eh bien ? — Il a Bismarck, Rome avait Porsenna.

La patrie a grandi son âme fraternelle

Et des lâches son sang effacera les noms.

— Aussi Paris, debout veille et fait sentinelle. Pour l'honneur de la France, il charge ses canons.

Bravant l'hiver, bravant la famine, il espère !

Mais peut-il vaincre, ayant Trochu pour gouverneur ?

L'épouse suit l'époux, et l'enfant suit le père

Dans le chemin oij vont le devoir et l'honneur.

L'homme des faubourgs court oi^i le danger l'appelle,

La mort ne le fait pas trembler. Il dit : « Luttons ! »

— Et, nuit et jour, Paris veille et fait sentinelle. Pour l'honneur de la France, il charge ses canons.

Tout à coup, une voix cria, sortant de l'ombre : « Parisiens, malheur à vous ! Tout est perdu !

— Pourquoi? L'armée a donc succombé sous le nombre? Bazaine s'est battu ! — Bazaine s'est rendu ^ ! » Personne ne croyait à l'horrible nouvelle.

Marmont, duc de Raguse, a donc des rejetons ?

— Mais qu'importe ! Paris veille et fait sentinelle. Pour l'honneur de la France, il charge ses canons.

. (Siège (le Paris.)

1. Le 10 décembre 1873, les chefs de l'armée française siégeant à Trianou (château de Versailles), en hante cour de justice militaire, ont condamné à mort, à l'unanimité, le maréchal Bazaine, pour avoir manqué au devoir et à l'honneur. — Voir la note Q, à la fin du volume.

Page 1