LES RICHESSES DU POETE
Pour éblouir l'amour de leurs brûlants transports,
Des élus de la vie épuisent des trésors
Aux pieds d'une beauté qui par l'amour rayonne.
Le cœur bénit et la main donne.
Cette main se remplit, se vide chaque jour De tous les biens du monde, et répand tour à tour Sur l'objet adoré les perles précieuses, Les tissus éclatants, les pierres somptueuses.
Bienheureuse est la main qui se remplit toujours Pour combler de ses dons l'objet de ses amours.
11 est un être épris d'un sentiment fidèle, Dépourvu de ces biens que plus d'un cœur appelle, Qui file des rayons pour un objet aimé ; Qui pare ce front pur, dont l'éclat l'a charmé,
D'une couronne fuite avec les jets de flamme
Echappés du foyer qu'il porte dans son âme ;
Qui forme une atmosphère à cet objet heureux,
Pour isoler ses pas dans nos sentiers poudreux,
Avec les voiles d'or qu'enfante la pensée
Lorsque d'un songe heureux notre âme est caressée;
Qui sème dans son cœur, par la main des Amours,
Des fleurs qu'on sent par l'âme et qui vivent toujours ;
Qui, sur ce front aimé, fait pleuvoir sa parole
Comme un jet de lumière où se peint l'auréole ;
Puis qui lui tend la main, l'attire à ses côtés
Sur un char éclatant de divines clartés,
En lui disant : «"Viens, toi! Suis-moi dans mon voyage,
J'ai préparé mon port au céleste rivage ! »
Alors il lui fait voir de vastes régions
Que l'esprit seul atteint par l'œil des visions,
Disant : « Plane avec moi. Sur les rives mortelles
Je n'ai pas de chevaux, mais sers-toi de mes ailes.
Si tu fermes les yeux, je veillerai sur toi,
Et je serai ton rêve, et ce qui chante en moi
Te fera des concerts qui donnent le délire ;
Et si, dans ces splendeurs, ton cœur encor désire,
Je te livre la clef que je reçus du ciel,
Qui l'ouvre, et que pour moi déroba Gabriel. »