‹ Chants et poëmesChapitre 32 sur 42 · LES FEMMES AU CALVAIRE · texte numérisé non relu

LES FEMMES AU CALVAIRE

Monte en croix pour la femme ; elle voit devant elle Mourir tout ce qui fut sur la rive mortelle D'objets de foi sincère un à un adorés, Fantômes rayonnants dans leur cours égarés, Douces illusions, idoles de cette ombre Que l'on nomme la vie. Au jour fatal et sombre De la mort de leurs dieux, elles vont jusqu'au bout, Les suivent au Calvaire, où de loin, et debout, Elles les voient monter comme les saintes femmes Virent au Golgothale vrai Dieu de nos âmes.

Que de larmes coulant ainsi que des ruisseaux Suivent la passion de ces martyrs nouveaux, Qu'un jour divinisa dans l'ombre de la vie! Don d'instabilité, vie amère et chérie, Qui t'en vas en fumée et qui finis en eau, Tu t'avances toujours vers le môme tableau. Dans les lointains nommés les lendemains du rêve, C'est aux sommets de l'âge une croix qui s'élève.

Dieu de tonte bonté, pourquoi permettiez- vous, Quand vous fûtes suivi jusqu'au saint rendez-vous De ces femmes de cœur sans pouvoir et sans armes Qui contre les méchants protestaient par leurs larmes, Quand elles ont cherché votre dernier regard, Pourquoi permettiez-vous que, comme elles, plus tard,

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Leurs sœurs fissent toujours la station amère ? Pourquoi mettre à jamais sur leurs pas un Calvaire ? Est-ce que vous vouliez que chacune à son tour Aimât par les regrets, survécût à l'amour, Arrosât par les pleurs ses trop fragiles charmes Et fût changée en vase où l'amour met ses larmes? Est-ce que vous vouliez conserver à leurs sœurs Le prix de la constance et celai des douleurs ?

Trois jours après la mort, enfin, les saintes femmes Furent chercher Jésus. Au moins ces bonnes âmes Voulaient revoir ses traits, puis embaumer son corps. Les pleurs et les regrets sont les parfums des morts.

Les femmes revenant de leur sanglant Calvaire, Et n'ayant pour conseil que leur douleur amère. Veulent aussi chercher le sépulcre pour voir Des restes adorés ; dans un dernier espoir, Elles vont au tombeau, car le cœur qui palpite A des tombeaux profonds où tout se précipite, Et revoir une fois ce bonheur trépassé Est désormais le but à leur espoir laissé. Elles ont des tombeaux encore dans le monde Creusés par les adieux dans la terre inféconde. Elles vont là, là, là, mais toujours et toujours Elles trouvent partout l'histoire des amours.

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