CHANT I
Quand Eve subit la sentence,
Après sa désobéissance, Elle pleurait tout haut en quittant son ciel d'or, Et sa voix à la terre à peine éclose cncor, Par un gémissement apporta la nouvelle
Que son maître venait vers elle.
La lassitude enfin dut suspendre ses pas. Désapprenant le ciel et regardant en bas
Pour rapprendre la vie Dans cette nouvelle patrie, Elle vit une rose, une rose !... et son cœur Battit et se souvint. Hier, à sa naissance,
Sous l'arbre de science
Elle avait vu sa sœur.
LE POEME d'eYE ET DE LA ROSE. 9
(c Quoi ! la terre a la rose ! » Et dans son cœur commence
Le souvenir et L'espérance.
Elle s'approche avec amour,
Curieuse, tourne alentour,
Et, tandis que son cœur soupire,
Sa bouche esquisse le sourire.
Inclinée à genoux pour la respirer mieux, Quand elle l'admirait, recueillie et charmée, Une larme furtive échappée à ses yeux
Tomba dans la coupe embaumée.
A ce moment, de doux concerts Coururent sur les fleurs, sous les eaux, dans les airs. Par ta première larme et ton premier sourire,
Eve, qu'on plaint et qu'on admire,
En touchant de ton pied le seuil De ce séjour de lumière et de deuil,
Tu créas la Mélancolie,
Avec sa sœur la Po'sie.
La rose en fut dès lors le gage vénéré, Et dit qu'en souriant notre mère a pleuré. Pour en perpétuer le doux et triste charme, L'Aurore lui sourit et lui rend celte larme.
CHANTS ET POEMLS.