CHANT II
Eve, le lendemain, voulut revoir la rose
Qui la fit sourire et pleurer;
Elle y retourne et se propose De l'admirer.
Une feuille enlevée à sa douce corolle
Repose à ses pieds sur le sol,
Et, dans ses jeux, la brise folle
Cherche à l'entraîner dans son vol.
Eve la saisit et s'étonne.
Elle voit, elle observe et ne peut définir
Quel est ce secret qui lui donne La première leçon de ce qui doit finir. A la feuille elle veut en vain rendre sa place Dans la fleur enchantée, objet de ses amours ;
Soins superflus! elle se lasse,
La feuille retombe toujours.
Elle emporte en rêvant la première relique De la beauté soumise à ses terrestres lois, Et, dans ce triste jour, sa voix mélancolique A dit le mot déjà! pour la première fois. Un soupir de l'écho fit gémir la nature, Un frisson agita chaque fleur sous ses pas : Eve, qui composait son langage à mesure, L'enrichit dans ce jour du sombre mot hélas!
LE POEME d'eYE ET DE LA ROSE. 11