LA VIERGE AUX OISEAUX
Par un de ces beaux soirs d'automne Où, sur les feuillages rouilles, Le soleil pose une couronne De pourpre et de rayons mouillés, Berlhe s'en va sur la colline, Ses doigts couverts de Fin chamois, À son cou blanc portant hermine Pour conjurer les premiers froids
Et Ton entend de douces phrases Jaillir en gerbes de son chant, Dans les rbses et les topazes Du soleil couchant.
Tournés vers la voûte céleste, Ses yeux en reflètent l'azur ; Les biches ont le pied ihoihs lesté, Les mules ont le pas moins sûr.
Comme un ormeau jauni tjui plonge Ses longs rameaux dans le saphir, Dans l'ombre du soir qui s'allonge, Vous verriez sa taille grandir.
Et Ton entend de douces phrases Jaillir en gerbes de son chant,
liî CHANTS ET POÉSIES
Dans les roses et les topazes Du soleil couchant.
Elle mêle à sa chevelure !
Le chêne d'or avec ses glands, '
Et, dernier don de la nature,
Des arbrisseaux les fruits sanglants;
Si bien qu'elle a comme un cortège
De grives, merles et pinsons,
D'oiseaux nourris, pendant qu'il neige
Par ces fruits rouges des buissons.
Et Ton entend de douces phrases Jaillir en gerbes de son chant, Dans les roses et les topazes Du soleil couchant.
Or voilà ce qui nous arrive
De ces chants dispersés dans l'air :
Dieu ! que le petit oiseau vive
Et passe chaudement l'hiver!
Préservez-le de la gelée
Et des ouragans de la nuit,
Afin qu'il revoie étoilée
La branche en fleur où fut son nid.
Et l'on entend de douces phrases Jaillir en gerbes de son chant.
Dans les roses et les topazes ' Du soleil couchant.
La lune des cimes s'élance Gomme un croissant de diamants; La nuit d'étoiles ensemence Les vastes chants des deux dormants; La voix de Berthe, dans l'espace, Se mêle aux cadences du ciel; Son ombre descend et s'effao»
Au seuil du logis maternel.
On croit toujours ouïr ses phrases Jaillir en gerbes de son chant, Dans les roses et les topazes Bu soleil couchant.