‹ Chants et poésiesChapitre 120 sur 204 · LES GRANDS ENFANTS · texte numérisé non relu

LES GRANDS ENFANTS

Enfants, nous jouons à tout âge, Notre vie est un badinage; Le plus vieux, comme le plus sage, N'est qu'un enfant.

Elle est enfant, la belle enfant Qui rêve, tout en s'agrafant Devant sa glace de Venise, D'un bel espoir dont elle a peur.

Et qui, sentant battre son cœur, Devient rouge comme cerise.

La rose et le' myrte amoureux Ne sont que fleurs et tiges frêles; Beau papillon, garde tes ailes Si tu veux t'envoler aux cieux.

Enfants, nous jouons à tout âge, Notre vie est un badinage; Le plus vieux, comme le plus sage, N'est qu'un enfant.

Il est enfant ce grand enfant Qui se voit déjà triomphant A peine entré dans la carrière; Son harnais d'écarlate et d'or À beau luire, il est vierge encor De sang, de poudre et de poussière* Attends demain, beau glorieux:

Le laurier que ta gaieté raille Croit arrosé par la mitraille Et se moissonne dans les cieux.

Enfants, nous jouons à tout âge, Notre vie est un badinage; Le plus vieux, comme le plus sage, N'est qu'un enfant.

Tout homme n'est qu'un grand enfant ; Sa mère austère lui défend D'approcher de trop près la flamme :

Jl louche à tout, le grand mutin !

Aux charbons ardents du destin, Aux sombres mystères de l'âme.

Arrête, maudit curieurf, A moins qu'un éclair de génie.

Déchirait la voûte infinie, Ne t'ait fait entrevoir les cieux,

Enfants, nous jouons à tout âge»

Notre vie est un badinage ; Le plus vieux, comme le plus sage, N'est qu'un enfant.

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