LA CHANSON DES FOINS
Prends ta faux, ton bidon pour boire, Prends ton marteau, ta pierre noire,
Faucheur! car c'est en juin
Que l'on fauche le foin.
L'étoile du berger dispute Un coin du ciel au m? tin blanc :
Le faucheur a quitté sa hutte, Il arrive au pré d'un pas lent.
Il monte sa faux amincie Par les coups du marteau carré ; Il l'aiguise, afin qu'elle scie Ras terre les herbes du pré.
Prends ta faux, ton bidon pour boire, Prends ton marteau, ta pierre noire,
Faucheur! car c'est en juin
Que Ton fauche le foin.
L'herbe au soleil levant moutonne, Peinte de toutes les couleurs; Dans les fleurs l'insecte bourdonne :
De la rosée il boit les pleurs.
Les épis sèment leur poussière Dans le feu de la floraison ; On sent une odeur printanière Monter des foins à l'horizon.
Prends ta faux, ton bidon pour boire, Prends ton marteau, ta pierre noire,
Faucheur! car c'est en juin
Que l'on fauche le foin.
La faux s'en va de droite à gauche, Avec un rhvthme cadencé;
L'herbe, à mesure qu'on la fauche, Tombe et s'aligne en rang pressé.
De mulots une bande folle Est interrompue en ses jeux; Oiseaux, abeilles, tout s'enrôle; La couleuvre est coupée en deux.
Prends ta faux, ton bidon pour boire, Prends ton marteau, ta pierre noire
Faucheur', car c'est en juin
Que Ton fauche le foin.
Courbé, le faucheur se démène.
Inondé de larges sueurs ; Sur ses pas la mort se promène, Elle tranche le fil des fleurs.
De temps en temps il fait sa pause Pour mouiller son gosier en feu ; À midi son front lourd se pose Sur T herbe sèche; il dort un peu.
Prends ta taux, ton bidon pour boire, Prends ton marteau, ta pierre noire,
Faucheur I car c'est en juin
Que Ton fauche le foin.
Pendant ce chaud sommeil il rêve
D'éclatante prospérité :
Deux fois les arbres ont la sève,
Deux fois les brebis ont porté.
Le fenil, le grenier, la grange,
Par les récoltes sont rompus.
On chante, on danse, on boit, on mange :
Tous les affamés sont repus.
Prends ta faux, ton bidon pour boire, Prends ton marteau, ta pierre noire,
Faucheur 1 car c'est en juin
Que Ton fauche le foin.
Réveille-toi de ce beau songe; Travaille encore jusqu'au soir ; Seulement que vers toi s'allonge Le rayon lointain de l'espoir. L'herbe est coupée, et les faneuses Viennent avec leurs longs râteaux, En chantant des chansons joyeuses...
Faucheur, laisse dormir ta faux !
Prends ta faux, ton bidon pour boire, ' Prends ton marteau, ta pierre noire, Faucheur ! car c'est en juin Que Ton fauche le foin.