‹ Chants et poésiesChapitre 123 sur 204 · LA FILLE DES CHAMPS · texte numérisé non relu

LA FILLE DES CHAMPS

Fauve sous son chapeau de paille Qui garde à peine son cou blanc, Sans nul relâche elle travaille; La fatigue amaigrit son flanc.

Son bleu sarrau de grosse toile Laisse voir ses jambes à nu ; Sur ses doux yeux s'étend un voile, Un nuage du cœur venu.

Guêpes, vipères, doux langage Que suivent les propos méchants, Ne troublez pas dans son ouvrage La fille des champs.

Avec l'aube elle se réveille, Tord vaillamment son chignon lourd, Et s'en va, diligente abeille, Vaquer à tous les soins du jour; Compte les œufs, court à rétable, Trait les vaches, donne le foin, Et, providence véritable, A ses oiseaux jette le grain.

Guêpes, vipères, doux langage Que suivent les propos méchants, Ne troublez pas dans son ouvrage La fille des champs.

Un fichu noué sur l'épaule, Mordant un morceau de pain noir, Elle chasse avec une gaule Ses bêtes jusqu'à l'abreuvoir.

Elle guette au passage et compte Ses vaches lentes, ses grands bœufs; Le taureau dru que nul ne dompte Devant elle incline ses yeux.

Guêpes, vipères, doux langage Que suivent les propos méchants, Ne troublez pas dans son ouvrage La fille des champs.

Que sa journée est accablante Et longue pendant la moisson !

Sa joue est toute ruisselante, L'air lourd étouffe sa chanson.

La besogne avec le temps change, Et les jours deviennent plus doux; Elle s'égaye à la vendange, Et parfois y trouve un époux.

Guêpes, vipères, doux langage Que suivent les propos méchants, Ne troublez pas dans son ouvrage La fille des champs.

Mais le bonheur de la bergère Est de veiller sur son troupeau, Assise à filer quand il erre, En fredonnant un air nouveau.

Les oiseaux chantent avec elle Et s'efforcent à la charmer :

Aux champs que la bergère est belle!

S'il passe un cœur, il va l'aimer.

Guêpes, vipères, doux langage Que suivent les propos méchants, Ne troublez pas dans son ouvrage La fille des champs.

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