LES CERISES
La nuit s'enfuit d'un pied léger, N'effleurant que du bout de l'aile
Les coteaux qu'on voit s'oranger
Aux lueurs de l'aube nouvelle :
Les grands chemins sont tournoyants,
Du voyageur la soif s'irrite,
Du sein des rameaux verdoyants
La cerise rouge l'invite.
Quelle chance pour les oiseaux !
Pour les enfants quelles surprises!
Les pentes vertes des coteaux Sont toutes rouges de cerises.
Dans ces feuilles, à plein gosier, m II semble qu'on jase et qu'on rie; Pour les oiseaux un cerisier Est une bonne hôtellerie.
De ce jaune chardonneret Gorgé de vermeille cerise, Le chant semble plus guilleret; Ne dirait-on pas qu'il se grise?
Quelle chance pour les oiseaux!
Pour les enfants quelles surprises!
Les pentes vertes des coteaux Sont toutes rouges de cerises.
Du beau cerisier rougissant
Des bambins la troupe s'empare.
Ils se déchirent jusqu'au sang,
Se bousculent sans crier : Gare!
Blal peignés, querelleurs, joufflus, %
Leur poids fait craquer le branchage;
Pour quelques cerises de plus {
On brave la mort à cet âge.
Quelle chance pour les oiseaux!
Pour les enfants quelles surprises!
Les pentes vertes des coteaux Sont toutes rouges de cerises.
t68 <2UÀNTS ET POESIES
L'ombre s'étend sur les vallons :
Viens sous le cerisier, ma belle !
J'ai taillé les blancs échelons Moi-même, et j'ai dressé l'échelle.
Te souvient-il du jour d'été Où nos âmes se sont éprises L'une de l'autre, ô ma beauté !
"Un soir en cueillant des cerises?
Quelle chance pour les oiseaux !
Pour les enfants quelles surprises !
Les pentes vertes des coteaux Sont toutes rouges de cerises.
Pour nos enfants tes doigts, plus tard, Pétriront avec la farine Ces cerises dont ton regard Aime la couleur purpurine, Et quand un hôte nous viendra, En souvenir de cette histoire, Ta blanche main lui versera Le vieux kirsch de la forêt Noire.
Quelle chance pour les oiseaux !
Pour les enfants quelles surprises !
Les pentes vertes des coteaux . Sont toutes rouges de cerises.