LE CHEVAL
Viens çà ! mon beau cheval de race, Anglais pur sang, mais tout français Par le feu, l'orgueil et la grâce, Aimant la poudre et le succès.
Ses crins sont des cheveux de femme, Sa robe est un beau salin noir,
Ses naseaux jettent sang et flamme, Son œil est comme un grand miroir.
Traverse tous les bruits de guerre Qui font èncor frémir la terre ; Passe le sang et là poussière, Passe la guerre, passe le vent !
Hope ! mon cheval, en avant !
De Tépi du front à la croupe.
En ondulant vers le garrot Sa belle courbe se découpe Quand il se déploie au grand trot On voit le réseau de ses veines S'entrelacer à fleur de peau; Dés qu'il part, collines et plaines Et montagnes sont de niveau.
Traverse tous les bruits de guerre Qui font encor frémir la terre ; Passe le sang et la poussière, Passe la guerre, passe le vent !
Dope! mon cheval, en avant'
Dans un long ruban de poussière On voit ses fers étinceler Et se dérouler sa crinière; Sa course ne peut l'essouffler.
Comme le marteau sur l'enclume La corne en mesure s'abat, La bouche se blanchit d'écume, La queue ondoie et le flanc bat.
Traverse tous les bruits de guerre Qui font encor frémir la terre; Passe le sang et la poussière, Passe la guerre, passe le vent!
Hope! mon cheval, en avant!
Terrible et doux, souple et rebelle, Ferme sur ses jarrets d'acier,
Corps de lion, pieds de gazelle Et vol d'oiseau! c est mon coursier.
On dirait une sensitive :
Si dans l'herbage du vallon L'odeur de la cavale arrive, On voit se dresser rétalon.
Traverse tous les bruits de guerre Qui font encor frémir la terre ; Passe le sang et la poussière, Passe la guerre, passe le vent !
Hope! mon cheval, en avant!
Tout fier de sa housse écarlate, Il quitte les airs triomphants Pour lécher la main qui le flatte Et jouer avec les enfants.
Il hennit à la jeune fille Qu'il caresse d'un air soumis; Enfin il est de la famille, Et c'est le plus sûr des amis.
Traverse tous les bruits de guerre Qui font encor frémir la terre ; Passe le sang et la poussière, Passe la guerre, passe le vent !
Hope! mon cheval, en avant!
Il ne manque ni de litière Ni d'avoine, et d'autres chevaux, Traînant le bois, traînant la pierre, Succombent aux plus lourds travaux.
Mais voici la vapeur qui passe Comme un coursier noir indompté; Chevaux de trait qu'elle remplace, Elle vous rend la liberté !
Traverse tous les bruits de guerre Qui font encor frémir la terre; Passe le sang et la poussière,
Passe la guerre, passe le vent !
Hope! mon cheval, en avant!