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LE CHANT DES TRANSPORTÉS

Pendant que sous Ja mer profonde Les cachalots et le requin, Ces écumeurs géants de l'onde, Libres, dévorent le fretin, Nous autres, cloués à la rive Où la bourrasque a rejeté Notre barque un instant rétive, Nous pleurons notre liberté.

Et cependant, ô sainte République!

Ououjue aujourd'hui de ton pain noir nourri, Chacun de nous pour ta gloire eût péri

Et mourrait encor sans réplique ;

Nous le jurons par l'Atlantique, (Ter )

Par nos fers et par Saint-Merry.

Les goélands à l'aile grise, Les hirondelles de la mer, A leurs petits, aux jours de brise, Apprennent le chemin de l'air; Nos enfants ont perdu leur guide, Peut-être n'ont-ils plus d'abri, Et la mère à leur bouche avide Ne fait mordre qu'un sein tari.

Et cependant, ô sainte République!

• Quoique aujourd'hui de ton pain noir nourri, Chacun de nous pour ta gloire eût péri

Et mourrait encor sans réplique ;

Nous le jurons par l'Atlantique, (Ter.)

Par nos fers et par Saint-Merry.

Sous les yeux du fort» sur la grève Quand nous errons le long du jour, Nous berçaut dans quelque doux rêve Ou de République ou d'amour, La vague des plages lointaines Apporte à notre sombre écueil Râles de morts et bruits de chaînes; La démocratie est en deuil !

Et cependant, ô sainte République !

Quoique aujourd'hui de ton pain noir nourri, Chacun de nous pour ta gloire eût péri

Et mourrait encor sans réplique;

Nous le jurons par l'Atlantique, [Ter.)

Par nos fers et par Saint-Merry.

Glaive rouge de la Hongrie, Quel gant de fer t'aurait brisé?

Un homme, traître à sa patrie, Aux pieds du Czar l'a déposé ; Au sultan demandez asile, Kossuth et Bem au bras puissant:

Georgey, dans sa villa tranquille, Boit et mange le prix du sang.

Et cependant, ô sainte République!

Quoique aujourd'hui de ton pain noir nourri.

Chacun de nous pour ta gloire eût péri

Et mourrait encor sans réplique ;

Nous le jurons par l'Atlantique, (Ter.)

Par nos fers et par Saint-Merry.

Les obus ont forcé Venise, Le sage Manin est banni ; Pardonnez-nous Rome soumise, OGaribaldi, Mazzini!

Quand Jésus a dit à saint Pierre :

L'épée au fourreau doit dormir, Pourquoi voyons-nous son vicaire Et ses cardinaux la rougir?

Et cependant, ô sainte République!

"Quoique aujourd'hui de ton pain noir nourri, Chacun de nous pour ta gloire eût péri

Et mourrait encor sans réplique ;

Nous le jurons par l'Atlantique, ( Ter. )

Par nos fers et par Saint-Merry.

Il nous vient du pays de Bade, . De Doullens ou de Saint-Michel, Tantôt des bruits de fusillade, Tantôt des plaintes vers le ciel.

Chez le Turc et sur la Tamise On cherche l'hospitalité ; '

Où donc est la terre promise, Dieu d'amour et de liberté?

Et cependant, ô sainte République!

Quoique aujourd'hui de ton pain noir nourri, Chacun de nous pour ta gloire eût péri

Et mourrait encor sans réplique ;

Nous le jurons par r Atlantique, (Ter.)

Par nos fers et par Saint-Merry.

3i CHANTS ET POÉSIES

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