LES TROIS OU QUATRE
J'en ai connu trois ou quatre Qui n'étaient pas piqués des vers, Jeunes et verts !
A table, au lit, à se battre, Ils brillaient comme des éclairs.
L'arbre généalogique Du premier, très-haut seigneur, Sortait d'une souche antique À très-grande profondeur ; Sur ces parchemins de race L'œil distinguait mal un nom Dont le temps rongeait la trace, Pharamond ou Pharaon.
J'en ai connu trois ou quatre Qui n'étaient pas piqués des vers, Jeunes et vers !
A table, au lit, à se battre.
Ils brillaient .comme des éclairs.
D'une assez bonne roture Le second était issu,
Frôlant la magistrature.
Par la finance reçu.
L'École polytechnique L'avait élevé d'un cran ; Par la science pratique Il avait conquis son rang.
J'en ai connu trois ou quatre Qui n'étaient pas piqués des vers.
Jeunes et verts !
A table, au lit, à se battre.
Ils brillaient comme des éclairs.
L'autre, un enfant de la glèbe, D'un sang rouge, d'un bon cœur, Aimant, sans phrase, la plèbe, Travaillait à son bonheur; Menait rondement la ferme, Champ, bétail, filles, garçons, Buvait sec, payait au terme, Et chantait bien les chansons.
J'en ai connu trois ou quatre Qui n'étaient pas piqués des vers, Jeunes et verts !
A table, au lit, à se battre, Ils brillaient comme des éclairs.
Arrivons au quatrième :
Fils d'un artisan obscur, Il est ouvrier lui-même :
Bras musclés, bel œil d'azur; Sa crinière léonine Et les calus de ses mains Attestent son origine A défaut de parchemins.
J'en ai connu trois ou quatre Qui n'étaient pas piqués des vers, Jeunes et verts !
DE PltURE DUPONT. 3H
À table, au lit, à se battre, Ils brillaient comme des éclairs.
Une auberge les rassemble; Tous quatre ils vont s'attabler, Et déjà l'hôtesse tremble De les voir se quereller.
N'ayez donc pas peur, l'hôtesse, Et n'ôtez pas les couteaux; Us vont noyer la tristesse Et bâtir de gais châteaux.
J'en ^i connu trois ou quatre Qui n'étaient pas piqués des vers, Jeunes et verts !
A table, au lit, à se battre, Us brillaient comme <!es éclairs.
Chacun a sa châtelaine
Dans son cœur, dans son manoir,
Le laboureur dans sa plaine,
Le savant dans son savoir,
L'ouvrier dans ses usines ;
Passé, bois à L'avenir !
Et nos sœurs et nos cousines
Broderont ce souvenir.
J'en ai connu trois ou quatre Qui n'étaient pas piqués des vers, Jeunes et verts !
À table, au lit, à se battre, Ils brillaient comme des éclairs.
Pour former deux beaux quadrilles, Marions ces jouvenceaux Avec quatre belles filles.
Qu'on apprête les trousseaux!
Nous inviterons la France A ce grand festin d'amour,
Et la chaîne de la danse Du monde fera le tour.
• J'en ai connu trois ou quatre Qui n'étaient pas piqués des vers,
Jeunes et verts !
A table, au lit, à se battre, Ils brillaient comme des éclairs.