‹ Chants et poésiesChapitre 16 sur 204 · LE TISSERAND · texte numérisé non relu

LE TISSERAND

Des deux pieds battant mon métier, Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.

Au chanvre, quand j'étais petit, J'allais casser les chènevotes; Tantôt je dénichais un nid, Tantôt déchirais mes culottes :

C'était le beau temps du plaisir, Le ciel depuis en fut avare; En septembre on faisait rouir Le chanvre dans la grande mare*

Des deux pieds battant mon métier, Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.

Le chanvre aime le plat pays, Les oiseaux sous sa verte ombrelle Vont becqueter le chénevis :

Il a fleur mâle et fleur femelle.

De l'une on tire le gros fil Pour le cordage et la voilure ; L'autre fournit le plus subtil, Pour toile fine et pour guipure.

Des deux pieds battant mon métier, Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse,

DE P1EMIE DUPONT. 57

Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.

Quand l'hiver chasse les oiseaux, A la veillée on vient en troupe, Les filles tournent leurs fuseaux, Et les garçons battent l'étoupe.

Chez un cordier, devenu grand, J'ai tourné la roue à mon aise, Et depuis je suis tisserand, Et le serai tant qu'à Dieu plaise.

Des deux pieds battant mon métier Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.

Tendre une chaîne et l'ajuster

Êtampé contre la poitrine,

Nouer ses fils et les compter,

C'est minutieux, j'imagine :

Au fond des caves, le travail

Est plus beau, la toile est moins raide*

On perd la vue à fin de bail,

Les lunettes sont un remède.

Des deux pieds battant mon métier.

Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.

Encor, si je tissais en l'air, Gomme fait ma sœur l'araignée, Sans ma lampe j'y verrais clair; Mais, bah ! ma vie est résignée :

Il faut des voiles au vaisseau, Aux morts des linceuls, aux fillettes Qui me commandent leur trousseau Des draps de lit et des layettes.

38 CiUNÏS ET POÉSIES

Des deux pieds baltant mon métier, Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.

La propreté n'a pas de rang; . Dieu donne le chanvre et Teau vive.

Faites gagner le tisserand Et les laveuses de lessive.

Suffit-U pour être content De bien manger et de bien boire?

Il faut avoir dans tous les temps Du linge blanc dans son armoire.

Des deux pieds battant mon métier, Je tisse, et ma navette passe, Elle siffle, passe et repasse, Et je crois entendre crier Une hirondelle dans l'espace.

LE CHANT DE LA ffiCR

Voyez de loin venir la mer Avec sa chanson lamentable, Tordant sa vague au reflet vert Dans les galets et dans le sable.

Elle subit le mouvement De l'universelle machine, Et son rauque mugissement Est Técho de la voix divine.

mer profonde, explique-toi !

Grand prisme où le soleil se brise, Clavier où les vents et la brise Notent leur cadence indécise, Dis-nous ta loi, dis-nous ta loi. ) ^ mer profonde, explique-toi !

DE PIERRE DUPOWT.

La mer submerge les trois quarts De notre globe à sa surface ; Elle en a fait cinq grandes parts Qu'elle supporte dans l'espace.

Voyez, le nouveau monde sort Des plis flottants de sa tunique, Elle embrasse du sud au nord L'Europe, l'Asie et l'Afrique.

mer profonde, explique-loi !

Grand prisme où le soleil se brise, Clavier où les vents et la brise Notent leur cadence indécise, Dis-nous ta loi, dis-nous ta loi.

mer profonde, explique-toi !

Épanouie au sein des flots,

La terre y plonge ses racines

Gomme le dernier des îlots

Et comme les algues marines.

La mer nous rejette le sel,

La soude avec la magnésie,

Et tout ce qu'elle emprunte au ciel

D'air vital et de poésie.

mer profonde, explique-toi!

Grand prisme où le soleil se brise, Clavier où les vents et la brise Notent leur cadence indécise, Dis-nous ta loi, dis-nous ta loi.

mer profonde, explique- toi!

Voyez à vos pieds ce poisson, Ou les reflets de cette écaille, C'est la mer vue à l'horizon, Des sept couleurs elle s'émaille; Elle respire, et son remous A les battements d'une artère; Quand dans la marée elle bout.

On dirait l'âme de la lerre

Dis.

Bis.

mer profonde, explique- toi !

Grand prisme où le soleil se brise, Clavier où les vents et la brise Notent leur cadence indécise, Dis-nous ta loi , dis-nous ta loi.

mer profonde, explique-toi !

Bûcherons, coupez le sapin; Scieurs de long, drus à la tâche; Gais charpentiers, mettons en train Le marteau, la scie et la hache ! Battez la quille du vaisseau, Le tisserand finit sa toile.

Le goudron fume, on glisse à l'eau, L'équipage met à la voile.

mer profonde, explique-toi !

Grand prisme où le 'soleil se brise, Clavier où les vents et la brise Notent leur cadence indécise, Dis-nous ta loi , dis-npus ta loi.

mer profonde, explique-toi !

Bis.

Bis.

Quel que soit votre pavillon, Dieu vous aide, troupe intrépide !

Creusez tout droit votre sillon, Laboureurs de la plaine humide ; Rapportez les trésors cachés :

Privre, poissons, corail et perle ; Surtout évitez les rochers Où la vague en pleurant déferle.

mer profonde, explique-loi!

Grand prisme où le soleil se brise, Clavier où les vents et la brise Noient leur cadence indécise.

Dis-nous ta loi, dis-nous ta loi. ) „.

mer profonde, explique-toi !

Surtout ne teignez pas de sang

Le grand océan Paciûque ; De Trafalgar et d'Ouessant Cicatrisons la plaie antique.

Marins, le plus grand des trois-mâls N'est sur la mer qu'une coquille ; Du sang versé dans les combats On ne fait pas la cochenille.

mer profonde, explique-toi !

Grand prisme où le soleil se brise, Clavier où les venls et la brise Notent leur cadence indécise, Dis-nous ta loi, dis-nous ta loi. \ n mer profonde, explique-toi ! j .

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