LA RACE
N'est-ce pas blasphémer nos pères Que dire : Nous ne valons rien?
Les cygnes font-ils des vipères?
Du lion peut-il naître un chien?
La race française et gauloise N'est pas près de s'abâtardir ; Malheur à qui lui cherche noise!
Son sang pourrait bien refroidir.
Gardons le sang, gardons la race, Gardons nos rangs, Dignes enfants des Gaulois et des Francs !
Que les conscrits de la dernière classe Se souviennent que leurs parents Furent grands!
On a parlé de décadence, Qui donc est tombé, jusqu'ici ?
Des soldats, mais non pas la France ; Elle est vivante, Dieu merci !
Toujours quelque martyr succombe, Chez nous, quel que soit le drapeau ; On marche en riant à la tombe, On a le sang près de la peau.
Gardons le sang, gardons la race, Gardons nos rangs, Dignes enfants des Gaulois et des Francs!
Que les conscrits de la dernière classe Se souviennent que leurs parents Furent grands !
Toujours quelque chouette égarée.
Échappée aux plus noirs donjons, Pleure comme fait la marée Ou la bise dans les ajoncs ; Plus d'un vaincu boit son calice Jusqu'à la lie, et sourira
De voir notre jeune milice Nous conquérir le Jurjura '.
Gardons le sang, gardons la race, Gardons nos rangs, Dignes enfants des Gaulois et des Francs !
Que les conscrits de la dernière classe Se souviennent que leurs parents Furent grands !
Toujours sur notre vieille terre, Dont la base est un dur granit, Survit l'antique caractère ; La tradition reste au nid.
L'idée est mobile, sans doute ; Le Français, dit-on, est léger; Il est si léger sur la route Quand elle conduit au danger !
Gardons le sang, gardons la race, Gardons nos rangs, Dignes enfants des Gaulois et des Francs !
. Que les conscrits de la dernière classe Se souviennent que leurs parents Furent grands !
Ne regardons pas en arrière !
Le monde suit nos mouvements ; L'ondoiement de notre bannière Lui donne des tressaillements.
Notre pensée est électrique, De la terre elle fait le tour, Elle est guerrière et pacifique :
C'est le droit tempéré d amour.
Gardons le sang, gardons la race, Gardons nos rangs,
* Vingt-sept ans après la prise d'Alger, nos troupes viennent d'achever la conquête de l'Afrique en soumettant la grande Kabylie et en plantant nos drapeaux sur les sommets du Jurjura.
Dignes enfants des Gaulois et des Francs!
Que les conscrits de la dernier^ classe Se souviennent que leurs parents Furent grands !