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LES CARRIERS

L'homme jadis habitait les cavernes Et disputait son séjour au lion, Buvant la pluie amassée aux citernes; Il a changé son habitation.

L'esprit, menant les muscles intrépides, A su bâtir des monuments alliera, Creuser des puits, dresser des pyramides; Reconnaissons l'ouvrage des carriers :

Race inflexible et dure Dont le cœur guide la main, Arrache aux flancs de la nature La pierre, le granit qui dure, Pour abriter le genre humain.

On reconnaît leur trace d'âge en âje,

Avec Moïse, au temps de Pharaon,

De la mer Rouge ils séchaient le passage,

Us remuaient des blocs pour Salomon.

Les monuments de la Grèce et de Rome,

Conception des plus vastes cerveaux,

La cathédrale où Dieu se montre à F homme.

Avaient pour base, ô carriers! vos travaux.

Race inflexible et dure Dont le cœur guide la main, Arrache aux flancs de la nature La pierre, le granit qui dure, Pour abriter le genre humain.

Parlerons-nous du Paros, du Carrare, D'où sont sortis les déesses, les dieux, Marbres vantés dont la terre est avare, Et dont l'éclat rendrait jaloux Je* cieui;

Quand Phidias, quand depuis Michel Ange Font Jupiter, ou Moïse, ou Vénus, Jusqu'à leurs pieds si le bloc se dérange, C'est par l'effort des carriers inconnus :

Race inflexible et dure Dont le cœur £uide la main, Arrache aux flancs de la nature La pierre, le granit qui dure, Pour abriter le genre humain.

Il me souvient qu'aux jours de mon enfance, Quand mes regards embrassaient l'horizon , J'avais pour borne une montagne immense D'où s'arraclwient les pierres de Gouzon.

Le bruit des pics sonnant dans les carrières, Un ouvrier me dit d'un air vainqueur :

Enfant, Lyon est sorti de ces pierres, J'entends les pics résonner dans mon cœur.

Race inflexible et dure Dont le cœur guide la main, Arrache aux flancs de la nature La pierre, le granit qui dure, Pour abriter le genre humain.

Or, ce carrier, il me faut le dépeindre ; C'est, j'en suis sûr, le type du Gaulois :

De grands yeux bleus qui ne savent pas feindre, Des cheveux roux, et de l'or dans la voix ; Grands pieds, des mains à trancher la montagne, A protéger le faible sans éclat ; Reste à penser si sa douce compagne Doit être heureuse avec cet homme-là !

Race inflexible et dure Dont le cœur guide la main, Arrache aux flancs de la nature La pierre, le granit qui dure, Pour abriter le genre humain.

Toujours égal, au jour comme à la toise,

Son travail fait, rend ses enfants joyeux; J'en ai connu d'autres, aux bords de TOise, Qui n'avaient pas ces clarlés dans les yeux ; Comme à Montrouge ils travaillaient sous terre, Et ne sortaient qu'au coucher du soleil ; Ah ! bonnes gens ! il faut un cœur de père Pour s'accroupir en un métier pareil !

Race inflexible et dure Dont le cœur guide la main, Arrache aux flancs de la nature La pierre, le granit qui dure, Pour abriter le genre humain.

Que vous ayez pour témoins de vos peines Les éperviers ou les chauves-souris, De vos sueurs et du sang de vos veines Dorénavant nous connaissons le prix ; Les viaducs de nos routes ferrées Sont dans l'azur de lumineux témoins, Criant à tous que vos peines sacrées Vous donnent droit à des repos divins.

Race inflexible et dure Dont le cœur guide la main, Arrache aux flancs de la nature La pierre, le granit qui dure, Pour abriter le genre humain.

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