LE SCIEUR DE LONG
Manger l'écuelle pleine De soupe de bon pain, Où la cuiller se tienne Droite comme un sapin ; Ajouter pour doublure De vin rouge un plein bord.
Cela met en allure Quand, du matin, l'on sort
42* CHANTS ET l'OÉSIES
De peu je me soucie, Pauvre scieur de long, Tant que j'entends ma scie Chanter dans le vallon.
D'abord on prend sa hache, Et han ! d'un coup de voix Et d'épaule on détache Les écorces du bois. La hache est meurtrière, L'adroit scieur de long, Les deux pieds en équerre, La fait tomber d'aplomb.
De peu je me soucie, Pauvre scieur de long, Tant que j'entends ma scie Chanter dans le vallon.
La poutre est dégrossie ; On trace pour y voir Un passage à la scie Au cordeau rouge ou noir.
D faut pour mettre en place Les grands quartiers de bois* Des hommes de la race Des chevaux d'autrefois.
De peu je me soucie, Pauvre scieur de long, Tant que j'entends ma scie Chanter dans le vallon.
Arrivons à la scie ; Elle est d'un bon acier, Mais pas trop dégrossie Pour ce qu'il faut scier ; Mais avant qu'on la dresse On la lime avec art; Pour finir on la graisse D'une couenne de lard.
De peu je me soucie, Pauvre scieur de long, Tant que j'entends ma scie Chanter dans le vallon.
L'un des compagnons monte Gomme sur réchafaud, Mais il n'a pas de honte A regarder d'en haut.
La scie avance et glisse En chantant comme un geai; Avouons sans malice Que son chant n'est pas gai.
De peu je me soucie, Pauvre scieur de long, Tant que j'entends ma scie Chanter dans le vallon.
A deux on fait les planches, L'un dessus, l'autre en bas ; A détirer ses hanches On ne se lasse pas ; Sciant sapins et chênes, Le bois blanc» le bois dur, On gagne pour ses peines Peu d'argent, mais c'est sûr.
De peu je me soucie, Pauvre scieur de long, Tant que j'entends ma scie Chanter dans le vallon.
Tout l'argent que l'on gagne On l'envoie au pays, A la chère montagne, A la femme, aux petits.
On porte une culotte En velours de coton Et des bas que tricote En hiver Jeanneton.
De peu je me soucie,
Pauvre scieur de long, Tant que j'entends ma scie Chanter dans le vallon.