‹ Chants et poésiesChapitre 185 sur 204 · MIDI · texte numérisé non relu

MIDI

Gouttes d'eau, filles du nuage, Filtrez à travers le feuillage

Sur l'étang attiédi, Car ma mie au gentil corsage, Aux pieds blancs, au rose visage,

Y vient sur le midi.

Belle nuit, quand tu te dévoiles, J'y vois surnager tes étoiles Comme de grands nénuphars d'or, Quand la lune y montre sa face, Sa pâleur étrange me glace Comme l'image de la mort.

Gouttes d'eau, filles du nuage, Filtrez à travers le feuillage

Sur l'étang attiédi, Car ma mie au gentil corsage, Aux pieds blancs, au rose visage,

Y vient sur le midi.

Le crépuscule rompt ses langes, Et sème de pâles oranges Les profondeurs de l'étang noir Qui soudain s'éclaire de rose.

Quand ton pied enfantin s'y pose, Blonde Aurore, fille du Soir.

Gouttes d'eau, filles du nuage, Filtrez à travers le feuillage

Sur l'étang attiédi, Car ma mie au gentil corsage, Aux pieds blancs, au rose visage,

Y vient sur le midi.

Alors, tout n'est plus qu'allégresse,

La fleur des eaux dit sa tendresse, Le poisson riposte à l'oiseau ; Le soleil chasse le phalène Et le hibou dans le vieux chêne ; La demoiselle rase l'eau.

Gouttes d'eau, filles du nuage, Filtrez à travers le feuillage

Sur Tétang attiédi, Car ma mie au gentil corsage, Aux pieds blancs, au rose visage,

Y vient sur le midi.

Aux aguets le chevreuil timide Hasarde sur la berge humide Son pied fendu si prompt à fuir; Sous ses frais baisers l'eau frissonne Moins que lui, dès qu'un bruit résonne, De cor, de cloche ou de zéphir.

Gouttes d'eau, filles du nuage, Filtrez à travers le feuillage

Sur l'étang attiédi, Car ma mie au gentil corsage, Aux pieds blancs, au rose visage,

Y vient sur le midi.

Sur le midi s'en vient ma mie, A l'heure où l'onde est endormie, Où la feuille ne bouge pas ; Si bien qu'en la forêt profonde, Avant de se fier à l'onde, Elle entendrait venir des pas.

Gouttes d'eau, filles du nuage, Filtrez à travers le feuillage

Sur l'étang attiédi, Car ma mie au gentil corsage, Aux pieds blancs, au rose visage,

Y vient sur midi.

Je vois flotter s ablanche robe.

Un feuillage me le dérobe, Je tiens mon souffle, je la vois; Soudain, ô terreur ! ô colère !

Près de son corps tombe une pierre Qui sort de l'épaisseur des bois.

Gouttes d'eau, filles du nuage, Filtrez à travers le feuillage

Sur Tétang attiédi, Car ma mie au gentil corsage, Aux pieds blancs, au rose visage,

Y vient sur le midi.

J'entends au loin l'éclat de rire

D'un pâtre, moderne satyre,

Que menace en vain mon courroux.

La belle, confiante et pure,

Me dit, renouant sa ceinture :

« Je n'ai pas peur auprès de vous. »

Gouttes d'eau, filles du nuage.

Filtrez à travers le feuillage

Sur l'étang attiédi, Car ma mie au gentil corsage, Aux pieds blancs, au rose visage,

T vient sur le midi.

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