RUE CES SAINTS! ÈRES
PRÉFACE
Je puis enfin mettre dans la main du lecteur un recueil de ces ballades, villanelles, chants patriotiques, légendes et chansons * dont jusqu'à ce jour on n'a vu que des bribes ou entendu que de vagues refrains, de l'atelier à la charrue, du forum au chaume rustique.
Pour me servir d'une image connue, cette lyre a trois cordes distinctes, dont l'une rend le son simple, l'autre une note plaintive et pensive, la troisième un accord vibrant et presque guerrier.
Gela définît :
Le genre rustique, où les types vivent par eux-mêmes et n'expriment pas spécialement la pensée de l'auteur : les Bœufs 9 m* Vigne, la Mère Jeanne, etc.;
« L'auteur a composé la musique de ses chants, sauf de très-rares exceptions; il en existe une édition qu'on peut réclamer chez tous les librairea; on en trouve quelques-uns avec accompagnement de piano chez les marchands de musique.
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Les chants philosophiques et les légendes, oùFauteur hasarde sa pensée et son sentiment : le Sauvage, Belzébuthy la Comtesse Marguerite, etc. ;
Enfin, les chants patriotiques, où il détermine son . action et se mêle aux choses de son temps.
La voix populaire ajoutait son prestige à cette poésie, qui semblera décolorée et froide sur ces pages muettes. Le jugement en sera plus froid, et le lecteur, sinon l'auteur, en retirera plus de profit.
Les louanges et les attaques vont se trouver honteuses, car il y a eu exagération de part et d'autre, comme dans tout ce qui touche à la politique. Au fond, on reconnaîtra un homme sincère, un poursuivant de la muse que ses dédains n'ont jamais rebuté, un amant de la vérité comme du beau; et, si les rêves du poète descendent parfois à une réalité criante, on se demandera tout bas s'il y avait lieu de chanter les vieux partis et s'il n'était pas du devoir d'un Français de seconder le mouvement qui doit conserver à la France son initiative et assurer dans le monde le triomphe de la vérité.
Ce recueil se lie aux choses du temps où nous vivons : l'auteur s'en est inspiré et les avait pressenties. On verra, sous la date de 1846 et de 1847, des vers qui ne jurent point avec ceux de 1 848 à 1 851 . Le Chant des ouvriers, le Sauvage, Belzébuth, le Chant des nations et d'autres du même genre ont précédé la Révolution de février. C'est une réponse à ceux qui prétendent qu'elle fut une surprise. L'esprit nouveau couvait dans les masses, et on retrouve partout ces prévisions, de*-
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puis les Chants du crépuscule jusqu'à Y Histoire des Girondins; depuis les Affaires de Rome de Lamennais, et sa. fameuse «citation de Chateaubriand, qui termine le livre : depuis le Livre de la propriété et la Revue sociale, jusqu'aux discours et aux interruptions des deux Chambres. Le Moniteur de cette époque est plein de confidences et d'aveux.
Février 1848 n'a été qu'une conséquence hâtée et dénouée par ceux mêmes qui l'attaquent aujourd'hui.
Hais comment un faiseur d'idylles a-t-il pu entendre ces bruits sourds, et quel rapport établir entre la ballade des Bœufs et ces préoccupations sérieuses? Les pâtres sont tous un peu sorciers. La vue de l'eau et des bois laisse leur esprit calme ; l'intérêt ne l'obscurcit pas, et, avec ce hochement de têle que vous savez, ils vous disent leur avis des choses publiques aussi finement qu'un homme d'État. D'instinct, sachant que le peuple est le dépositaire du droit et des destinées, ils jugent, aux façons dont on use envers lui, si une crise est imminente ou lointaine, et leurs pressentiments ne es trompent guère.
Faut-il conclure de là que ces vers font suite aux centuries de Nostradamus? Qu'on prenne la chose comme on voudra; mais, à coup sûr, que le peuple chante bien ou mal, que ses poètes riment à tort et à travers, que ses tribuns ou ses philosophes se disputent à ne plus s'çntendre, que ses défenseurs le compromettent ; le progrès n'en fera pas une étape de moins, et la vérité se dégagera de ce chaos.
Les hommes simples et forts, ceux qui travaillent et
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qui font vivre sont entrés dans la cité et ont constaté leur droit à la vie morale et intellectuelle. Le mot de tyran devient ridicule parce que la chose ne se peut plus concevoir, et qu'elle est une monstruosité destinée à périr comme le mal.
Les muses sourient : après les cris de guerre, les peuples affranchis doivent se reposer dans l'harmonie.
La science crée et féconde : l'agriculture nourrira tous les hommes; l'industrie et l'économie générale faciliteront les rapports et rendront la vie plus douce. Les arts, qui tendent toujours à élever l'âme, relieront la terre au mouvement céleste. Ceux qu'on jugeait les plus grossiers entreront dans les théories comme des esprits purs. La Genèse dit que l'homme est fait à l'image de Dieu : n'est-il pas temps enfin que Dieu se manifeste dans l'homme, et que, par un effort suprême, nous résolvions le problème de notre destinée?
Ne vous demandez pas ce qu'il fait quand H erre. Et qu'on ne le voit plus, le triste solitaire ; Il s'épuise à marcher sans trêve devant lui.
Épiant si dans l'air quelque lueur a lui, Écoutant tour à tour les forêts et la foule, Méditant, et cherchant à son idée un moule.
Il va, lorsque les bois, tordus par les autans, ' Semblent de leurs soupirs appeler le printemps, Chercher de noirs aspects et les plus sombres teintes, Pour dire vos douleurs et colorer vos plaintes, cœurs qui désirez, las de tant de revers, Saluer le printemps après vos longs hivers !
Quand la forêt verdoie et, plus hospitalière, Rappelle des oiseaux la troupe familière ; Quand un souffle brûlant fait les plantes germer, Les fleurs s'épanouir et les couples s'aimer, Il va le long des prés où la génisse broute, Le long de la rivière et sous la verte voûte Que forment les tilleuls aux frênes mariés, Étudier les tons charmants et variés
Qu'offre à ses yeux épris la divine palette ; Afin que dans son vers cet éclat se reflète Et que, vous y plaisant, vous lui disiez : Ami, Allez souvent au bois où vous avez dormi ; Allez au bord des flots, allez sous l'ombre épaisse. Dans la grotte inspirée où vous rit la Déesse, Y rêver de ces vers que dore le soleil, -Et ne hâtez pas trop pour nous votre réveil. Voilà quel est son but, et, s'il ne l'atteint guère, C'est que pour ses soupirs la Muse trop sévère En aime ailleurs, peut-être, un autre qui la fuit, Et se plaît à lasser l'amant qui la poursuit
MUSE POPULAIRE