‹ Chants et poésiesChapitre 4 sur 204 · LES BŒUFS · texte numérisé non relu

LES BŒUFS

J'ai deux grands bœufs dans mon étable, Deux grands bœufs blancs marqués de roux; La charrue est en bois d'érable, L'aiguillon en branche de houx.

C'est par leur soin qu'on voit la plaine Verte l'hiver, jaune l'été ; Ils gagnent dans une semaine Plus d'argent qu'ils n'en ont coûté ,

S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre ; J'aime Jeanne ma femme; eh bien, j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs.

Les voyez-vous, les belles bêtes, Creuser profond et tracer droit, ^ Bravant la pluie et les tempêtes Qu'il fasse chaud, qu'il fasse froid?

Lorsque je fais halte pour boire, Un brouillard sort de leurs naseaux, Et je vois sur leur corne noire Se poser les petits oiseaux.

S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre ; J'aime Jeanne ma femme; eh bien, j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs.

Ils sont forts comme un pressoir d'huile, Ils sont doux comme des moutons ; Tous les ans, on vient de la ville Les marchander dans nos cantons, Pour les mener aux Tuileries, Au mardi gras, devant le roi, Et puis les vendre aux boucheries ; Je ne veux pas, ils sont à moi.

S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre ; J'aime Jeanne ma femme; eh bien, j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs.

Quand notre fille sera grande,

Si le fils de notre régent

En mariage la demande,

Je lui promets tout mon argent ;

Hais, si pour dot il veut qu'on donne

Les grands bœufs blancs marqués de roux,

Ma fille, laissons la couronne

Et ramenons les bœufs chez nous.

S'il me fallait les vendre, J'aimerais mieux me pendre; J'aime Jeanne ma femme; eh bien, j'aimerais mieux La voir mourir, que voir mourir mes bœufs.

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