‹ Chants et poésiesChapitre 67 sur 204 · ENTRÉE AU CAVEAU · texte numérisé non relu

ENTRÉE AU CAVEAU

Maître Adam, que mon grand-père Appelle encor son patron.

Je te choisis pour compère ; Fais-moi boire au biberon.

Apprends-moi bien la science De boire mon vin sans eau, Et que dans un mois ma panse Soit large comme un tonneau.

Je veux, dans la confrérie De nos illustres buveurs, Avoir la trogne fleurie Pour mériter leurs faveurs.

Je laisse à d'autres la gloire Qui tenaille le cerveau :

Car, avant tout, c'est pour boire Que je descends au caveau.

Demain je fais une vente De mes livres, en plein vent;

Je ne veux sur ma soupente Ni rimailleur ni savant.

J'excepte de la bagarre Tout rimeur buveur et fier Qui s'est raillé du Ténare, Qui se raille de l'enfer.

Des écus de la recette Je n'irai pas m'amuser A remplir une cassette ; Je veux d'abord me griser.

Et puis je cours en Bourgogne, Choisir aux meilleurs coteaux De ces vins qui, sans vergogne, Grisaient l'abbé de Gîteaux.

Ah ! sortons de dessous terre.

Mes bons amis du Caveau, Et fondons un monastère, Un monastère nouveau!

Le temps est à la prêtrise ; Prenons les petits collets, Et que chez nous on se grise Comme au temps de Rabelais !

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