‹ Chants et poésiesChapitre 68 sur 204 · A M. THÉODORE L · texte numérisé non relu

A M. THÉODORE L

Aux bords où la Saône tranquille S'unit au Rhône mugissant, Dans le bruit d'une grande ville Se perdait le timide accent D'une enfant pauvre et délaissée Qui s'en allait marchant pieds nus.

Et dont la paupière abaissée Retenait des pleurs inconnus.

Or un jour, la tête en délire (Le délire suit la douleur}»

Elle partit avec sa lyre, En la cachant bien sur son cœur; Car, si ses doigts blancs ou la brise La faisaient vibrer au hasard, Elle s'interrompait, surprise, Et craignait un méchant regard.

Pour ses chansons toujours plaintives La Seine resta sans échos :

La Saône et l'émail de ses rives, Le Rhône et l'azur de ses flots Lui revinrent à la pensée ; Leur souvenir l.i fit pleurer, Car la saison était passée De les voir et de s'y mirer !

Il fallait qu'une main amie,

Plus forte, la prît par la main,

La secouât tout endormie

Et la mit dans le vrai chemin,

Qu'un bon guide, un de ceux qu'on aime,

Et que rien ne peut rebuter,

La fît chanter devant ceux même

Qui refusaient de l'écouter.

Vous savez comment sur sa route Le Ciel un jour lui fit trouver Cet ami qui jamais ne doute, Et, ce qu'elle n'osait rêver, Deux rivières au -flot tranquille, Dont les échos furent puissants, Et jusque vers la grande ville Portèrent ses faibles accents.

Ruisseaux que, dans nos promenades, Nous aimions tant â côtoyer !

En écoutant les sérénades Des oiseaux au chant familier; En voyant se pencher les mûres Qui se reflétaient dans leur eau,

DE PIERHB DUPONT. m

Nous mêlions à leurs doux murmures Le nom d'Hégésippe Moreau !

LE BUCHEROtf

Par mes efforts pesants Et mes grands coups de hache»

11 faut que je t'arrache, Vieux chêne de cinq cents ans !

Ainsi chantait avant l'aurore Un bûcheron dans la forêt ; Aux fredons de sa voix sonore La montagne entière vibrait :

Dans les rameaux touffus du chêne Un nid d'oiseau chantait aussi,

Criant merci ; Et le bûcheron sans souci Chantait toujours à perdre haleine :

Par mes efforts pesants Et mes grands coups de hache, H faut que je t'arrache, Vieux chêne de cinq cents ans !

Lorsque la cognée est trop lourde, Lorsque son front est en sueur, 11 s'arrête, il boit à sa gourde Et sent renaître sa vigueur ; Il vit content et sans envie, La hache est le sceptre du bois;

Mais à sa voix Les oisillons sont aux abois, La mère tremble pour leur vie.

Par mes efforts pesants

Et mes grands coups de hacha,

ilO CHANTS ET POÉSIES

Il faut que je t'arrache Vieux chêne de cinq cents ans !

Déjà l'arbre se déracine, Petits oiseaux, prenez l'essor ; Mais ils n'ont pas d'ailes encore ; Bon bûcheron, que l'arbre tombe

Tout doucement :

On ne peut pas voir sans tourment Qu'un berceau devienne une tombe.

Par mes efforts pesants Et mes grands coups de hache, 11 faut que je t'arrache, Vieux chêne de cinq cents ans !

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