‹ Chants et poésiesChapitre 74 sur 204 · L'HOSPITALITE · texte numérisé non relu

L'HOSPITALITE

A 1IAEAME B***

N'es-tu que la déesse antique Vivante en un marbre sculpté, Vertu pieuse et domestique Qu'on nomme l'hospitalité?

Tu m apparais sous une image Qui parle mieux à mon regard : C'est, en un riant paysage, Une hôtesse .bonne et sans art.

Eh! bonjour, madame l'hôtesse!

Du logis tirez les verrous.

— « Sur le seuil laissez la tristesse, • Et venez, vous êtes chez vous. »

Sa maison est l'hôtellerie Qui d'enseigne n'a pas besoin ; L'avenue est verte et fleurie, Son parfum l'annonce de loin. • Son escalier de pierre grise Est doux au pas de l'étranger, Qui sent au passage une brise De chèvrefeuille et d'oranger.

Eh! bonjour, madame 1 hôtesse!

Du logis tirez les verrous.

— « Sur le seuil laissez la tristesse, f Et venez, vous êtes chez vous. »

Si l'appétit vous sollicite.

Entrez ! votre couvert est vm ; La table n'est point si petite Qu'on n'y reçoive ses amis.

Le dressoir chargé de vaisselle Excite un curieux coup d'œil ; Le vin rit, la nappe étincelle :

Il faut céder à cet accueil.

Eh ! bonjour, madame l'hôtesse !

Du logis tirez les verrous.

— « Sur le seuil laissez la tristesse, . « Et venez, vous êtes chez vous. »

L'hôtesse à manger vous invite,

L'hôte joyeux sert d'échanson,

Et souvent le diner s'acquitte

Avec une simple chanson.

Il faut ouïr, au choc des verres, .

Ces accords sans diapason

Où s'épanchent les cœurs sincères

A faire trembler la maison.

Eh ! bonjour, madame l'hôtesse !

Du logis tirez les verrous.

— « Sur le seuil laissez la tristesse.

§ Et venez, vous êtes chez vous. »

Voici la clef de la cellule :

Un lit de moine vous attend ; ' Du crépuscule au crépuscule On dort, le rossignol chantant.

À l'aube, un doux bruit vous éveille, Concert de sons et de couleurs, De pinson, de bouvreuil, d'abeille, Dans le feuillage et dans les fleurs.

Eh ! bonjour, madame l'hôtesse!

Du logis tirez les verrous.

— f Sur le seuil laissez la tristesse, « Et venez, vous êtes chez vous. •

Rien ne vous manque, ni l'eau pure,

Ni la toile fraîche l'été,

Ni tous les soins qu'on se figure

En rêvant d'hospitalité.

Oh ! la Providence fidèle

Protégera votre foyer i

On dit que le nid d'hirondelle

Bénit le toit hospitalier.

Adieu donc, madame l'hôtesse!

Du logis poussez les verrous ; Sur le seuil je vois la tristesse Quand il faut quitter de chez vous.

Page 1