‹ Chants et poésiesChapitre 8 sur 204 · MA VIGNE · texte numérisé non relu

MA VIGNE

Cette côte à l'abri du vent, Qui se chauffe au soleil levant.

Comme un vert lézard, c'est ma vigne; Le terrain en pierre à fusil Résonne et fait feu sous l'outil ; Le plant descend en droite ligne Du fin bourgeon qui fut planté Par notre bisaïeul Noé.

Bon Français, quand je vois mon verre

Plein de son vin couleur de feu,

Je songe, en remerciant Dieu,

Qu'ils n'en ont pas (bis) dans l'Angleterre. (Bis. )

Au printemps, ma vigne, en sa fleur, D'une fillette a la pâleur ; L'été, c'est une fiancée Qui fait craquer son corset vert; A l'automne, tout s'est ouvert :

C'est la vendange et la pressée ; En hiver, pendant son sommeil,.

Son vin remplace le soleil.

Bon Français, quand je vois mon verre

Plein de son vin couleur de feu,

Je songe, en remerciant Dieu,

Qu'ils n'en ont pas (bis) dans l'Angleterre. (Bis.)

J'aime ma vigne en vieux jaloux, Gare à ceux qui font les yeux doux Et voudraient caresser la belle!

Mon sel pince le maraudeur, Mais ne touche pas au rôdeur, Au sorcier noir qui fait la grêle ; Quand il s'empare d'un coteau, C'est comme un loup dans un troupeau.

Bon Français, quand je vois mon verre

Plein de son vin couleur de feu,

Je songe, en remerciant Dieu,

Qu'ils n'en ont pas (bis) dans l'Angleterre. (Bis.)

La cave où mon vin est serré Est un vieux couvent effondré, Voûté comme une vieille église ; Quand j'y descends je marche droit, De mon vieux vin je bois un doigt, Un doigt, deux doigts... et je me grise; A moi le mur et le pilier !

Je ne trouve plus l'escalier.

Don Français, quand je vois mon verre

Plein de son vin couleur de feu,

Je songe, en remerciant Dieu,

Qu'ils n'en ont pas (bis) dans F Angleterre. (Bis.)

La vigne est un arbre divin, La vigne est la mère du vin :

Respectons cette vieille mère, La nourrice de cinq mille ans Qui, pour endormir ses enfants, Leur donne à teter dans un verre; La vigne est mère des amours, Orna Jeanne, buvons toujours !...

Bon Français, quand je vois mon verre

Plein de son vin couleur de feu,

Je songe, en remerciant Dieu,

Qu'ils n'en ont pas (bis) dans l'Angleterre. (Bis.)

LE SAUVAGfi

Un jour, lassé de vivre solitaire, J'aventurai mes pas ambitieux Sur les chemins qui sillonnent la terre Et dont pas un n'aboutit' jusqu'aux cieux :

Je visitai ce qu'on nomme une ville, Repaire immense où l'homme, mon pareil, Vit sans ombrage, à l'égal du reptile, En des rochers calcinés au soleil.

Quand la nature verra-t-elle Ses nombreux enfants réunis, Troupe joyeuse et fraternelle, Sous ses rameaux, dans ses doux nids !

Combien ton sort, ô frère! me chagrine!

Ta nourriture est vile, un air malsain

Bâle brûlant dans ta sourde poitrine, Où toujours dort quelque sombre dessein; Le grand esprit qui me parle sur Tonde Est moins pour toi qu'un morceau de métal, Tu reconnais pour souverain du monde L'or que je pêche en mon ruisseau natal.

Quand la nature verra-t-elle

Ses nombreux enfants réunis,

Troupe joyeuse et fraternelle,

Sous ses rameaux, dans ses doux nids!

L'amour en toi n'est qu'un instinct sauvage.

Errant sans but comme une feuille en l'air; Aussi ta vie est un triste veuvage Où le bonheur ne luit que par éclair.

Sais- tu qu'il faut, passager sur la terre, Aimer à deux pour revivre après toi, En outre aimer dans tout homme ton frère?

L'esprit nous dit : C'est là toute la loi.

Quand la nature verra-t-elle Ses nombreux enfants réunis, Troupe joyeuse et fraternelle, Sous ses rameaux, dans ses doux nids'

La terre est grande et la sève bouillonne En son flanc vaste au robuste contour, Gomme le vin fermente dans la tonne, Gomme en un cœur d'adolescent, l'amour :

Elle a du lin pour filer une tente A tous ses fils, et des fruits savoureux Pour ceux qui, las d'une trop longue attente, En sont encore à s'égorger entre eux.

Quand la nature verra-t-elle Ses nombreux enfants réunis, Troupe joyeuse et fraternelle, Sous ses rameaux, dans ses doux nids !

Le jour se lève et déchire la brume

Où notre globe était emmailloté ; La vieille foi dans les cœurs se rallume, Tous les esprits tendent à l'unité :

Le matelot sur les vagues hurlantes Creuse tout droit son sillon vers le port, Sans s'égarer aux étoiles filantes, Les yeux fixés sur le pôle du Nord.

Quand la nature verra-t-elle Ses nombreux enfants réunis, Troupe joyeuse et fraternelle, Sous ses rameaux, dans ses doux nids!

L'onde, la flamme et déjà l'atmosphère, Coursiers ardents que leur joug fait hennir, En un seul bond franchissant notre sphère, Vont rapprocher ce splendide avenir.

Fils des cités, enfants des solitudes.

Ce jour serait demain, si nous voulions Mettre en commun, vous rêveurs, vos études, Et nous nos bras teints du sang des lions.

Quand la nature verra-t-elle Ses nombreux enfants réunis, Troupe joyeuse et fraternelle, Sous ses rameaux, dans ses doux nids !

Car le temps vient d'oublier nos querelles, La faim, la soif, la guerre et tous les maux; Il faut entrer en des routes nouvelles, Clairons en tête et mêlant nos drapeaux.

Couples aimants, couronnez-vous de roses:

Artistes saints, coupez le vert laurier, Plus d'envieux et plus de fronts moroses; Allons au ciel par l'amoureux sentier.

Quand la nature verra-t-elle

Ses nombreux enfants réunis,

Troupe joyeuse et fraternelle,

Sous ses rameaux, dans ses doux nids!

20 CnAISTS ET POÉSIES

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