‹ Chants et poésiesChapitre 95 sur 204 · LE COQ DE VILLAGE · texte numérisé non relu

LE COQ DE VILLAGE

Mon gosier clair, mon clair plumage, Font du bruit dans le voisinage; Je suis le coq de mon village.

Quand, sur mes deux ergots planté, Je chante clair, la poule guette :

Elle coquette, et la coquette Ferme son œil tout velouté.

Mon gosier clair, mon clair plumage, Font du bruit dans le voisinage ; Je suis le coq de mon village.

Filles et femmes d'alentour Viennent me raconter leurs peines, Rousses, blondes, brunes, châtaines, Elles s'arrachent mon amour !

Mon gosier clair, mon clair plumage, Font du bruit dans le voisinage ; Je suis le coq de mon village.

Jeanne, Marianne, Marton, Goton, sont toujours à m'at tendre ; J'en ai peur, et pour me défendre Je sors armé d'un gros bâton.

Mon gosier clair, mon clair plumage, Font du bruit dans le voisinage; Je suis le coq de mon village.

Cependant quelquefois je ris Et, par-ci par-là, j'en aime une, Pas eh plein jour, au clair de lune :

A minuit tous les chats sont gris.

Mon gosier clair, mon clair plumage, Font du bruit dans le voisinage; Je suis le coq de mon village.

A minuit, au fin fond d'un bois, La belle en pleurs se désespère ; Le petit n'aura pas de père ; Belle, repasse dans neuf mois.

Mon gosier clair, mon clair plumage,

Font du bruit dans le voisinage; Je suis le coq de mon village.

Le poulailler s'est alarmé, Le sérail dans l'ombre conspire , On veut me plumer, et, pour rire, Me faire courir tout plumé.

Mon gosier clair, mon clair plumage, Font du bruit dans le voisinage ; Je suis le coq de mon village.

Qui donc osera me toucher?

J'ai mes ergots pour ma défense Aussi fier que le coq de France Sur la cime d'un vieux clocher.

Mon gosier clair, mon clair plumage, Font du bruit -dans le voisinage; Je suis le coq de mon village.

LE VOYAGEUR A PIEO

Au premier cri de l'hirondelle, Sitôt que la route blanchit, Le voyageur que l'aube appelle S'éveille et saute à bas du lit ; Guêtre, lavé, la tête fraîche, L'œil limpide comme un miroir, Le sac au dos : Qu'on se dépêche!

Dame hôtesse! bonjour, bonsoir!

Gai, chantant en route, Le joyeux piéton En marchant s'écoute, Et de son bâton Marque la cadence et le ton.

DE PIERRE DUPONT. fl»

Son noueux bâton de voyage Marqué d'avance, il Ta coupé Au front d'un néflier sauvage, Et dans la flamme il Ta trempé; Ce n'est qu'une arme défensive Pour écarter les chiens errants Et les gens dont l'humeur trop vive Se prend de querelle aux passants.

Gai, cliantant en route, Le joyeux piéton' En marchant s'écoute, Et de son bâton Marque la cadence et le ton.

Au roulier il tient compagnie, Riant du scepticisme amer De ce vieux mécréant qui nie Le succès du chemin de fer.

Il lui répond : Mais que sera-ce, Quand les ballons vont se frayer Un nouveau chemin dans l'espace , Emportant charrette et roulier?

Gai, chantant en route, Le joyeux piéton En marchant s'écoute, Et de son bâton Marque la cadence et le ton.

Qu'une chaise de poste roule, Laissant flotter un voile vert, Son cœur bat, son gosier roucoule, Et sa lèvre siffle un doux air ; Dans sa tête un roman commence Dont il voit le dénoùment fuir ; On en ferait une romance, Mais il n'en reste qu'un soupir.

Gai, chantant en route,

Le joyeux piéton En marchant s'écoute.

Et de son bâton Marque la cadence et le ton.

A cette image fugitive Succède un tableau plus certain .

C'est l'amoureuse plus naïve Qui l'appelle dans le lointain ; De sa fenêtre elle regarde, L'oreille ouverte au moindre bruit, Et, si le gai piéton s'attarde, LUe pleurera cette nuit.

Gai, chantant en route, Le joyeux piéton En marchant s'écoute, Et de son bâton Marque la cadence et le ton.

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