LA SÉRÉNADE DU PAYSAN
Sur mon visage aux frais contours Quand fleurit la cire des prunes Et des pêches le doux velours, J'aimais les blondes et les brunes ; Je les guettais à l'herbe, aux champs, Aux noisettes, jusqu'à l'église, Perdant mes amours et mon temps :
Je ne connaissais pas Denise.
L'une avait le pied pas plus grand Qu'au jour même de son baptême ; Une autre, l'œil bleu transparent De la fleur qui dit : Je vous aime; Une était rouge, s'il vous plaît ; Une, blonde au teint de cerise;
Une autre, brune au teint de lait; Je ne connaissais pas Denise.
L'oiseau bleu n'avait pas chanté Cette romance langoureuse Qui nous fait mettre de côtA Toute autre que notre amoureuse.
Mais il a chanté, Dieu merci !
Depuis j'en ai la tête prise, Tout le corps et le cœur aussi :
Depuis j'ai rencontré Denise.
Elle demeurait loin de tous,
Toujours close dans sa chnmbrette,
Aussi piquante que le houx
Pour ceux qui lui contaient fleurelto.
Quand je l'ai vue, elle a souri
Du coup à ma bonne franchise.
« Je veux être votre mari, »
Ai -je dit, «voulez-vous, Denise?»
Elle vaut cinq dots à la fois, Trait les vaches comme une reine, Fait ce qu'elle veut de ses doigts Sans avoir l'air d'y prendre peine.
Elle est belle comme le jour, Parée ou simple dans sa mise ; Je l'appellerais : fleur d'amour, Si je n'aimais pas mieux : Denise !