ANATHÈME
Ο feu vengeur de la justice , Tonnerre du ciel irrité, Consume un Pacha détesté, Dévore l'Anglais, son complice, Et que tout oppresseur palisse De tes coups sur l'iniquité!
Et toi, brillant Soleil, témoin de nos misères, Qui nous vois exhumer, du sein des noirs tombeaux, Les ossemens sacrés de nos illustres pères, Couvre de deuil ton front attristé de nos maux.
Et vous , filles des cieux, Lune, pâles Etoiles, Qui brillez dans la nuit du lever au couchant , Obscurcissez vos traits sous vos plus sombres voiles, Au monde signalez nos malheurs en marchant.. Cieux, pleurez sur Parga! pleurez, sensibles astres!
Présagez la mort au méchant 5 Et qu'avec vous la terre, émue à nos désastres,
Réponde à mon lugubre chant !
NOTICE
On trouvera le texte original de cette belle lamentation sur la ruine des Parguinotes, dans le troisième volume , page 42o> des Voyages en Grèce de M. Pouque ville. Je l'ai traduite presque en un même nombre de vers, persuadé que la mesure du temps doit s'accorder avec la mesure du rythme et des pensées. C'est un des élémens d'exactitude qui influe sur le plaisir que donne la précision en poésie : on le détruit en allongeant ou en resserrant le sens d'un auteur , qu'on embarrasse de vaines paraphrases , dans l'espoir de l'embellir.
Cet hymne , en rapport avec les complaintes lyriques des chœurs de la tragédie grecque ? ainsi qu'une chanson d'un autre genre que m'a fournie encore l'amitié de M. Pouqueville , n'est point inséré dans le recueil publié par M. Fauriel. Je le rapproche des myriologues composés sur la ruine de Souli , dont les héros eurent une fin plus tragique que les habitans de Parga. Les Souliotes, vingt-trois ans avant l'évacuation de cette ville , donnèrent à leurs successeurs les premiers exemples de vaincre ou de mourir avec leurs familles , en faisant sauter leurs forts sur leurs ennemis et sur euxmêmes.