‹ Chants héroïques des montagnards et matelots grecs (volume 2)Chapitre 12 sur 59 · MORT · texte numérisé non relu

MORT

DE

VELI-GUEKAS.

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Du festin d'un primat , Véli , sombre convive , A reçu d'Antonis un cartel insultant :

Véli se lève , et s'arme , et s'écrie à l'instant : « Phézo , range ma troupe à ton ordre attentive ; » C'est au fer de répondre à l'altière missive » Du raya dont l'orgueil m'attend. »

Leur rencontre fut peu tardive ; Et soudain, au passage, Antonis l'arrêtant : « Qui cherches-tu , Véli , ministre sanguinaire

» D'un impitoyable visir ?

» — Toi , rebelle , toi , téméraire , » Dont ma main courroucée est prête à se saisir. )) —Viens donc, viens affronter les Klephtes invincibles. » Leurs sabres abattront l'élan de tes coursiers :

» Tu sauras quels coups infaillibles

» Portent nos tubes meurtriers.

» Zongas , Dimos , tuez ce monstre d'Albanie \ » Trop long-temps son audace est restée impunie. » Il dit, leur fusil tonne \ un double coup vainqueur Frappe de l'Albanais et la tête et le cœur.

Véli tombe , et sa voix tremblante S'écrie en des accens à peine articulés : « Ah î prends soin , cher Phézo , de mes restes voilés ;

)) Emporte ma tête sanglante

» Ce trophée , aux vils Grecs inspirant plus d'orgueil , )> Au travers des deux camps , à tous les yeux en proie , » Ferait, des ennemis la risée et la joie , » Et de tous nos amis la tristesse et le deuil. »

NOTICE

La note du chant quatrième s'applique à celui-ci ; et la raison des vaincus pour dérober leur tête aux outrages de l'ennemi , s'y développe en termes plus étendus et plus frappans.

Katzantonis , ou simplement Antonis , fut un des bergers nomades qui menaient paître leurs troupeaux des monts de la Tbessalie à ceux de la Macédoine méridionale. Celui-ci , harcelé par les vexations du pacha , se fit klephLe , et lui devint redoutable. Cet homme, dont la stature était moyenne et la voix douce et grêle , cachait sous un extérieur frêle et débile une ame forte , un cœur de fer, et une intelligence active qui le rendirent invincible. Enfin , surpris avec son héroïque frère par des espions qui les saisirent , on les conduisit vers Aly , qui , dans la place publique de Janina , leur fit briser les membres inférieurs scus les coups de marteaux.

Zongas , cité dans ce même chant , avait été protopallikare dans les bandes commandées par les braves Dimos et Antonis : il vit encore , au nombre des défenseurs actuels de la liberté grecque.

SKILLO-DIMOS.

Près de la jeune Irène , à l'ombre des sapins , Dimos chasse en buvant l'importune tristesse. « Remplis ma coupe , Irène, et verse-moi l'ivresse

)> Qui délivre des noirs chagrins.

)> Fais qu'en ce jus vermeil je puise l'allégresse , » Jusqu'à l'heure où , fuyant l'aurore de retour ,

» L'étoile de la nuit cède à l'astre du jour : » Et , dès l'aube , escortant ta pudique jeunesse , » Mes guides te rendront au seuil de ton séjour. » — Appelle un échanson, dit la belle à ce brave : » La fille d'un archonte est-elle ton esclave ? » Ils mêlaient un sourire à ce débat joyeux : Deux voyageurs paraissent à leurs yeux, Noirs de haie , et la barbe épaisse et hérissée. « Salut , brave Dimos ! — Nobles hôtes , salut ! )> Mon nom dans votre bouche étonne ma pensée. )> Ici qui vous envoie, et quel est votre but ? » — Nous venons te bénir et te parler d'un frère. » — De mon cher frère! ô ciel ! parlez , vous l'auriez vu? )> — Aux murs de Janina , prison de sa misère , » Long-temps privé du jour et d'espoir dépourvu ,

)> Chargé des fers d'Aly que maudit sa colère »

Déjà n'écoutant plus l'inconnu qui poursuit , Dimos, baigné de pleurs , se détourne et s'enfuit : Mais tout-à-coup , « Dimos ! méconnais-tu ton frère ?

» Le fuis-tu, quand tu le revois? »

L'un vers l'autre aussitôt s'élancent à la fois , Et leur cœur palpitant l'un sur l'autre se serre. Mais Dimos pourra-t-il assez l'interroger ? « Ο frère ! qu'un miracle enlève à l'esclavage ,

» Assieds-toi ; conte-nous ce qu'a fait ton courage , )) Et comment, de tes fers , Dieu vint te dégager.

» — Favorisé d'une nuit sombre , )) J'ai su briser ma chaîne et rompre les barreaux

» De la tour , dont me cacliait l'ombre , )) En glissant à ses pieds couverts dépais roseaux. » Des bords fangeux du lac évitant les abîmes , )) J'atteignis une barque, et, sillonnant les eaux, » J'ai, loin de Janina, remonté sur les cimes » Du Pinde, où mon vol d'aigle échappe aux vils réseaux.))

NOTICE

Cette composition , artistement conduite, renferme un

petit drame tout entier , dont l'exposition enjouée contraste merveilleusement avec le nœud attendrissant et le dénouement non moins pathétique. Et quel ordre naturel dans cet heureux plan ! et quelle économie de moyens et de paroles pour l'accomplir, en y réunissant tant de choses intéressantes et opposées! L'aimable fierté d'Irène auprès du guerrier buvant , qui lui promet de la faire escorter par ses compagnons après la nuit , témoigne le respect des montagnards pour la pudeur des jeunes filles qui les accompagnent dans leurs incursions.

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